putin 28dec01
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LE PRESIDENT RUSSE REPOND AUX QUESTIONS DE SES CONCITOYENSL'animateur: Vladimir Vladimirovitch, la première question.
La fin de l'année approche. Etes-vous satisfait de ses résultats?
Vladimir Poutine: Pour pouvoir répondre à cette question il faut se souvenir des tâches que nous nous étions fixées lorsque l'année avait commencé, c'est-à-dire au mois de janvier dernier.
Plusieurs objectifs se dressaient devant nous. En gros, voici comment ils se présentaient.
Tout d'abord, c'était le maintien des tendances positives dans la croissance de l'économie russe et, sur cette base, l'élévation du bien-être matériel de la population et la création de conditions pour le développement de l'Etat pour le moyen terme.
Et si nous regardons ce dont nous disposons à la fin de l'année, alors nous voyons les résultats suivants.
Nous avions prévu une croissance économique de 4 pour cent et elle est de 5,5 pour cent. Les chiffres définitifs seront connus fin 2001-début 2002.
Dans l'industrie la croissance a été de 5,2 pour cent et l'agriculture a encore mieux travaillé. En général, je voudrais féliciter les agriculteurs pour autant que 2001 a été pour eux une année record. Je ne parle pas de la récolte des céréales qui s'est chiffrée à 83,7 millions de tonnes. Une telle quantité de grain n'avait pas été rentrée depuis bien des années. Quant à la dynamique, elle est encore plus impressionnante : 48 millions de tonnes il y a trois ans, 55 millions en 1999, environ 65 millions en 2000 et près de 84 millions cette année. Mais l'essentiel ce n'est pas encore cela, c'est le fait que selon les spécialistes - leurs chiffres doivent encore être vérifiés - le rendement à l'hectare a été le plus élevé de toute l'histoire du pays.
Maintenant venons-en à l'essentiel, à la hausse des revenus de la population. Les choses se présentent ainsi.
Depuis l'année dernière la hausse des revenus est régulière. En 2000 elle avait été de 6 pour cent et cette année elle a été portée à 6,5 pour cent. En ce qui concerne le salaire moyen, je précise bien, le salaire moyen, il a augmenté de 20-21 pour cent.
Je dois ici faire une réserve puisque cela a concerné dans une moindre mesure les salariés du secteur public (militaires, fonctionnaires). 60 millions de personnes sont employées dans l'économie russe, dont dix sont rémunérées par l'Etat. Cette année, les salaires de ces personnes n'ont été indexés qu'une fois, en janvier - vingt pour cent de mieux - mais par contre nous nous sommes employés à rembourser les dettes accumulées les années précédentes. Pour ce faire, il avait été dégagé du budget fédéral deux fois plus d'argent que l'année précédente. Au début de l'année, en janvier, la dette vis-à-vis des travailleurs du secteur public se montait à plus de 3,5 milliards de roubles. Elle n'est plus actuellement que d'un milliard et demi.
Le taux de chômage est en régression, en nette régression. Il est tombé de 11,1 à 8,9 pour cent. Le pays compte maintenant à peu près un million et demi de sans-travail de moins. C'est là une réduction sensible. Les réserves de change de la Banque centrale se sont accrues, le rouble s'est musclé. C'est vrai que nous n'avons pas réussi à réduire comme prévu le taux d'inflation. Il est inférienr à celui de l'année dernière mais est quand même en-deça de ce qui avait envisagé.
Quoi qu'il en soit, tout cela pris ensemble a quand même conduit à un certain tournant psychologique surtout qu'une reprise de la natalité s'est amorcée. En dépit d'une situation démographique négative, la natalité est en hausse. Cela signifie que pour l'Etat, pour les compagnies et pour les individus, pour la famille ce que l'on appelle l'"horizon de la planification" s'est élargi.
Bien évidemment, les problèmes en suspens sont encore très nombreux et le niveau de vie de la population reste très bas, surtout celui des retraités. Certes, cette année leurs revenus ont augmenté de 23 pour cent, ce qui ici aussi constitue un record. J'évoque ici des chiffres réels parce qu'en réalité la hausse a été de 40-50 pour cent ce qui fait en réalité 23 pour cent compte tenu de l'inflation. Il n'en reste pas moins que les revenus de la population sont nettement insuffisants. La tendance est toutefois positive.
Toutes ces constatations nous permettent de juger satisfaisants les résultats de notre activité (quand je dis "notre" je pense au pays tout entier). Aussi peut-on dire avec assurance que 2001, que l'année 2001 qui touche à sa fin a été heureuse pour la Russie.
Question (Vladivostok) : J'enseigne dans une école artistique pour enfants. Une question d'importance vitale pour notre territoire me préoccupe. Les tarifs d'électricité et de chauffage grimpent en flèche. Et aucun salaire ne permet d'y faire face. Pouvez-vous dire si ce problème sera oui ou non réglé au niveau de l'Etat? Ou bien si nous serons livrés en pâture à "Electricité de Russie" ? Merci.
Vladimir Poutine : Je dois vous dire qu'"Electricité de Russie" n'est pas une compagnie étrangère à l'Etat. Seulement il va de soi que pour nous il n'est pas question de livrer des particuliers ou un territoire en pâture à une compagnie. L'approvisionnement énergétique d'un territoire comme le Primorié, de l'Extrême-Orient russe dans son ensemble est un problème complexe qui relève de l'Etat.
Je dois dire qu'à l'époque soviétique, malheureusement, il n'avait pas été créé de système d'approvisionnement en chauffage et en électricité du territoire. Vous savez certainement que celui-ci utilise pour l'essentiel des produits énergétiques amenés de l'extérieur, du fuel onéreux, du charbon onéreux que l'on doit faire venir de Yakoutie ou encore d'autres régions du pays. Le réseau des lignes de transport de courant lui aussi est insuffisamment développé.
Par ailleurs, l'Etat et, bien sûr, surtout "Electricité de Russie" soutenue par l'Etat, ont l'intention de réaliser plusieurs programmes en vue de développer ce secteur. L'un d'eux est la centrale hydroélectrique Boureïskaïa qui est en chantier dans la région de l'Amour. Son entrée en service est prévue pour le deuxième trimestre de 2003. Nous continuerons de développer le secteur énergétique au Kamtchatka. Une centrale électrique géothermique y fonctionne depuis peu et le gaz continue d'être exploité. Le gouvernement a longtemps réfléchi sur la question de savoir s'il fallait ou non geler la construction de la centrale électrique à Magadan. Décision a été prise d'achever cet ouvrage, mais il entrera cependant en service après la centrale Boureïskaïa.
Tout ceci ainsi que les efforts complémentaires de l'Etat et des compagnies qui opèrent dans ce domaine devraient avoir des retombées positives. Mais, malheureusement, les choses ne se limitent pas à cela. Nous devons aussi restructurer l'ensemble du système d'approvisionnement en chauffage et en courant de la population de l'Extrême-Orient russe dont on connaît l'importance pour le pays. Il faut mettre en conformité les prix de l'électricité et du chauffage entre les consommateurs et les producteurs, établir des rapports économiques normaux. Il va de soi que la population ne doit pas ressentir les effets de ce processus compliqué et aussi que la hausse des revenus de la population doit devancer celle des tarifs et des prix.
Question : Bonjour, Vladimir Vladimirovitch.
Voici ma question. Vous ne cessez de parler des réformes. Or, le simple étudiant que je suis tout comme la plupart des Primoriens rassemblés ici ne savent pas vraiment ce que cela veut dire.
Prenons, par exemple, la réforme du logement que vous évoquez fréquemment et que, semble-t-il, personne n'a encore entamée. Monsieur le président, pouvez-vous nous expliquer ce que c'est que cette réforme du logement, son sens et pourquoi nous en avons besoin ?
V. POUTINE : Je vous remercie pour cette question. Il se produit peu de choses dans ce domaine, en effet. Mais il faut dire qu'en r'alit' les r'formes ne sont pas encore commenc'es, qu'on ne fait que parler de cette r'forme. C'est : peu pr_s la m_me chose que si quelqu'un de nous qui ait, depuis longtemps, une grave maladie chronique venait voir un docteur pour lui dire : "Demain, je dois subir un test car je veux devenir membre d'une 'quipe de cosmonautes, donnez-moi un comprim' pour que je puisse passer bien l'examen m'dical". Un tel miracle ne se produirait jamais.
Le syst_me du logement et ses probl_mes datent depuis tr_s longtemps, et non seulement depuis ces dix derni_res ann'es. Vous _tes encore assez jeune, et je ne suis pas vieux non plus, je pense, et les gens de ma g'n'ration se souviennent de pas mal d'anecdotes sovi'tiques sur les plombiers : tant"t ils n'ont pas d''crou qu'il faut, tant"t c'est un tube qui est foutu, il y a une fuite d'eau, c''tait toujours comme +a. Des d'cennies durant, ce secteur a 't' sous-financ'. Or, sous le r'gime sovi'tique, tous ces biens qui relevaient de la comp'tence municipale 'taient en r'alit' financ's par le centre, puisque les responsables des pr'tendues "commissions de plan" des comit's ex'cutifs venaient : Moscou ou bien dans leur chef-lieu r'gional pour "obtenir de force" des fonds, comme ils disaient, pour les distribuer aux organismes subordonn's, jusqu'aux g'rances d'immeubles. Tout manquait, le financement 'tait insuffisant, tout "p'rissait" peu : peu, mais on r'ussissait quand m_me : tenir bon.
C'est : partir des ann'es 90 que tout le syst_me du logement a 't' remis entre les mains des municipalit's dont les possibilit's financi_res et budg'taires n''taient pas absolument conformes aux besoins de ce syst_me.
Il faut donc faire beaucoup de choses encore et, ce qui est l'essentiel, il faut commencer par faire en sorte que les fonds d'bloqu's dans ce domaine par le budget f'd'ral, entre autres, n'aillent pas aux entreprises monopolistes (priv'es ou publiques, c'est sans importance, l'important c'est qu'elles sont monopolistes), mais directement aux gens, : vous qui _tes propri'taires de logements. C'est alors que les gens pourront ouvrir leurs comptes personnels, sp'ciaux, pour accumuler ces fonds, qu'ils pourront cr'er des soci't's d'usagers ou de propri'taires de logements pour commander ces services, c'est alors que l'argent d'bloqu' par l'Etat sera beaucoup plus rentable.
D'apr_s les experts, il faudra de 20 pour cent moins de l'argent pour ce secteur par rapport : la somme que nous d'pensons aujourd'hui. Un autre effet sera atteint en plus, un effet important pour notre pays dont la population n'est pas riche, : savoir : l'aide de l'Etat ira : ceux qui en ont vraiment besoin, alors que ceux dont les revenus sont 'lev's devront payer 100% des charges municipales.
QUESTION (Novossibirsk) : Monsieur le pr'sident, nous parlons beaucoup de la croissance 'conomique en Russie. Mais pour ce qui est de la science fondamentale, sera-t-elle financ'e suffisamment ?
V. POUTINE : J'ai d'j: dit : maintes reprises, et je dois le r'p'ter une fois de plus, que la science, l''ducation sont, certes, beaucoup plus importantes pour nous que les mati_res 'nerg'tiques, que le p'trole et le gaz, car c'est justement cela qui nous diff_re des pays que nous consid'rions jusqu'ici comme des pays en d'veloppement. L'Etat doit donc attacher une grande attention : la science.
En effet, durant de nombreuses ann'es cette attention n''tait pas suffisante. Mais je tiens : noter que ces deux derni_res ann'es tous les indices pr'vus au budget ont 't' respect's par le gouvernement, et j'en ai parl' hier au pr'sident de l'Acad'mie des sciences qui l'a confirm' : il s'agit des sciences fondamentales et appliqu'es dans leur ensemble (je sais que vous allez r'pliquer que les sciences appliqu'es est une chose : part). Je pense qu'en tout cas les sciences appliqu'es doivent pr'occuper en premier lieu les secteurs de production qu'elles desservent, les sciences fondamentales devant faire le souci de l'Etat. Cette ann'e, une certaine croissance du financement de cette sph_re a eu lieu. L'ann'e prochaine, les d'penses pour les sciences fondamentales devront s'accro_tre de 40 : 50%. Compte tenu du niveau d'inflation pr'vu, le revenu r'el de ceux qui travaillent dans ce domaine sera certes un peu plus bas. Or, le gouvernement a pris cette d'cision : d'penser cette ann'e cet argent pour les salaires de ceux qui travaillent dans la recherche fondamentale et aussi pour la solution des probl_mes du logement.
En 2003, nous envisageons le financement de l'ensemble de la recherche scientifique. Il serait mieux de le faire sans tarder, mais, malheureusement, les possibilit's budg'taires sont telles que nous pouvons r'soudre ce probl_me dans cette succession.
QUESTION: Je viens de prendre ma retraite. Je sais que les pensions ont 't' augment'es. Mais on commence : faire de nouveaux calculs, la r'vision des pensions. Ne va-t-on nous duper une fois de plus, monsieur le pr'sident ?
V. POUTINE : Vous parlez probablement de la reforme du syst_me de pension pr'vue dans le paquet de documents adopt' par la Douma et qui porte sur le volet concernant l'accumulation des pensions. Je dois vous rassurer. L'ensemble de ce syst_me ne concernera que les citoyens russes qui ont aujourd'hui mois de 30 ans. Il ne sera appliqu' qu'en partie aux personnes entre 30 et 50 ans, et ne concernera point les personnes qui sont actuellement en retraite.
Le syst_me d'accumulation sera le suivant. Aujourd'hui, les entreprises et les 'tablissements virent 28% au Fonds de pension, dont 2% seulement seront vers's pour l'accumulation, en 2002. Je ne l'explique pas seulement : vous qui avez pos' cette question, mais aussi : tous ceux qu'elle int'resse. L'homme aura ainsi la possibilit' de disposer lui-m_me de l'argent accumul', soit de le verser : un fonds ou d'en profiter autrement.
Le gouvernement partait de cette circonstance que cela permettrait de rendre transparente une partie des salaires car tout individu pourra exiger de son employeur qu'il l'informe sur son salaire exact car c'est de son salaire que d'pendra le montant de sa pension de retraite. Ce principe est tr_s important.
Je r'p_te que ce syst_me sera appliqu' par 'tapes, et en ce qui concerne les personnes qui sont en retraite en ce moment, leurs pensions seront index'es chaque trimestre, en 2002.
QUESTION: Est-ce longtemps encore que notre 'conomie d'pendra des prix mondiaux du p'trole ?
V. POUTINE : L''conomie russe ne d'pend point des prix du p'trole, c'est le budget russe qui en d'pend, c'est vrai. Il en d'pend consid'rablement car jusqu'ici 30 : 40% des recettes budg'taires provenaient de l'exportation de mati_res 'nerg'tiques.
Nous voudrions tous savoir si l'Etat peut respecter tous ses engagements, sociaux en premier lieu, pris pour 2002 si les prix mondiaux du p'trole et du gaz baissent. Cela mettra le budget dans une situation difficile. Mais je dois vous dire que, premi_rement, il a 't' adopt' compte tenu des prix minimums du p'trole, d'apr_s un sc'nario dit pessimiste.
Deuxi_mement, et c'est sur cela que je voudrais attirer votre attention, car vous _tes un futur sp'cialiste dans le domaine des relations internationales, le fait est que l'essentiel que nous avons fait cette ann'e, et ce gr_ce au concours du parlement qui, je dois vous le dire sans ironie, a travaill' dur (les d'put's ont parfois travaill' jusqu': 22-23 heures et m_me des nuits enti_res), c'est de pr'parer et d'adopter de nombreuses lois, dont des lois dans le domaine 'conomique ou dans des domaines qui ont rapport au d'veloppement 'conomique, lois qui doivent r'unir des conditions pour un d'veloppement dynamique de l''conomie nationale pour une p'riode : moyen terme.
Cela devra nous permettre de cr'er un climat, bon et stable, pour les investissements. Et, par cons'quent, de redistribuer : d'autres secteurs 'conomiques les fonds accumul's gr_ce, entre autres, par nos compagnies de p'trole et d'autres compagnies qui ont export', de nombreuses ann'es durant, des mati_res premi_res. Dans l'ensemble cela pourra donner m_me un effet positif. Pour cela, je le r'p_te, l'Etat doit non seulement _tre en mesure d'adopter de telles lois, mais aussi de garantir leur application.
QUESTION: Mon nom est Ivan Mikha Ces informations ont probablement un caract_re g'n'ral. D'autre part, les
localit's o- se cachent, selon lui, les bandits n'ont pas deux ou trois cours,
elles comptent plusieurs milliers d'habitants. Puisque les bandits s''taient
pr'par's d'avance, je suis certain qu'ils avaient pris suffisamment de mesures
pour s'assurer la s'curit', en cr'ant des passages souterrains, etc.
Cela 'tant, nous ne pouvons pas, malheureusement, effectuer des
"ratissages" massifs l: o- vivent des milliers d'habitants et nous ne
pouvons pas non plus utiliser l'aviation, comme c''tait le cas en Afghanistan o-
des bombardiers lourds ont 't' employ's contre de telles localit's. N'oublions
pas que leurs habitants sont des citoyens de Russie, c'est pourquoi nous devons
agir tr_s d'licatement. Mais je ne doute pas que nos services secrets finiront
par les saisir.
QUESTION: Vous avez travaill' longtemps dans les services de renseignements.
A ce que je sache, les efforts principaux de nos services de renseignements ont
't' d'ploy's en vue de renforcer les positions de notre Etat sur l'ar_ne
politique mondiale, en contrepoids : nos ennemis potentiels, et les Etats-Unis
d'Am'rique 'taient consid'r's comme notre principal ennemi potentiel.
Je voudrais vous poser la question suivante: qu'avez-vous senti, Vladimir
Vladimirovitch, en passant une nuit au ranch de George W. Bush?
Vladimir POUTINE: Du temps de l'Union Sovi'tique, les Etats-Unis et le bloc
de l'OTAN 'taient consid'r's comme l'adversaire principal. Dans les documents
officiels de l'organisation o- j'ai travaill', les Etats-Unis 'taient qualifi's
d'"adversaire principal".
Je n'avais pas d''motions excessives en passant une nuit : la datcha de Bush.
Je me demande ce qu'il a senti lui-m_me, en accueillant chez lui un ancien agent
du service ext'rieur sovi'tique de renseignements.
D'ailleurs, je pense que vous n'ignorez pas que le pr'sident actuel des
Etats-Unis est fils de l'ancien directeur de la CIA qui est devenu ensuite
pr'sident des Etats-Unis. Par cons'quent, on peut dire que nous 'tions en
famille et que nous avons bien compris l'un l'autre.
QUESTON: Je voudrais conna_tre les changements radicaux de la situation
concernant les salaires des employ's du secteur public.
Vladimir POUTINE: Effectivement, la situation est complexe. J'en ai parl' au
d'but et je tiens : le r'p'ter. Nous ne pouvions pas passer : l'augmentation
r'elle importante des salaires dans le secteur public avant de rembourser la
dette de l'Etat au secteur public, dette accumul'e au cours de ces derni_res
ann'es. Comme je l'ai d'j: dit, cette ann'e, nous avons une dette de 1,5
milliard de roubles, contre 3,5 milliards auparavant.
Disons le carr'ment: il ne faut pas faire de promesses irr'alisables et ne
pas les tenir, ou bien d'nicher cet argent (passez-moi l'expression) dans
d'autres secteurs. En fin de compte, cela ne fait que ruiner l''conomie.
Nous avons atteint, pour l'essentiel, l'objectif num'ro un dans ce domaine:
les dettes ont 't', pour l'essentiel, rembours'es, bien que pas enti_rement,
c'est pourquoi nous avons pr'vu de relever les salaires : partir de l'ann'e
prochaine. Mais, en prenant en consid'ration les r'sultats du travail accompli
cette ann'e, nous avons d'cid', et les d'put's ont partag' cet avis, que ces
majorations seront importantes: de 40 : 60 % en termes r'els, moins le taux
d'inflation. Je tiens : souligner, en termes r'els. Elles ont d'j: commenc' le
1er d'cembre dernier.
Bien entendu, c'est insuffisant. A mon avis, L'onid a parfaitement raison
d'estimer que c'est insuffisant. Vous avez cit' deux sph_res tr_s importantes
pour l'Etat: l''cole et la m'decine. Ces deux sph_res du secteur public sont
tr_s proches, mais, : la fois, diff'rentes.
Je tiens : dire deux mots : propos de la m'decine. D'veloppant certainement
la m'decine pay'e, nous devons conserver obligatoirement aujourd'hui la m'decine
gratuite pour la majorit' 'crasante de nos citoyens, car leurs revenus sont tr_s
bas. En ce sens, l'attention principale sera accord'e : la m'decine
assurantielle. Il faut payer non pas : l''tablissement de m'decine parce qu'il
existe dans la nature, mais pour la qualit' des services rendus et pour le
nombre de patients qui en ont profit's. Lorsque le syst_me assurantiel aura
suffisamment de fonds pour que l'argent vienne avec les patients, les revenus de
la m'decine et ceux du personnel m'dical pourront changer consid'rablement, :
mon avis.
Le gouvernement se penche actuellement sur deux probl_mes de cette sph_re.
D'une part, une base juridique suppl'mentaire est en pr'paration, d'autre part,
on fournit des arguments 'conomiques et on cherche des sources de financement,
pour cr'er le capital de d'part indispensable pour le syst_me assurantiel.
Aujourd'hui, il n'est pas suffisamment d'velopp' chez nous.
L''cole est un sujet : part et encore plus important pour l'Etat. Le principe
assurantiel n'y convient pas. Il faut le financement direct. Cela concerne
surtout l''cole secondaire, et non pas l''cole sup'rieure. L''cole se trouve
dans une situation difficile, parce qu'elle rel_ve des autorit's municipales qui
manquent d'argent dans leurs budgets pour entretenir d-ment les 'coles.
QUESTION (d'un retrait' d'Orenbourg): Pourquoi les tribunaux condamnent-ils :
la d'tention prolong'e pour des d'lits insignifiants et n'infligent-ils pas
d'autres sanctions pr'vues par la l'gislation p'nale?
Vladimir POUTINE: Vous avez touch' l'un des points n'vralgiques et vous avez
mis dans le mille. Ce probl_me existe: j'estime qu'il s'agit de la politique
p'nale d'natur'e de l'Etat. Elle est refl't'e dans le Code p'nal, et nous devons
certainement r'fl'chir : la fa+on de la modifier.
Il n'y a rien de semblable dans d'autres Etats d'mocratiques. Evidemment, des
sanctions n'ayant rien : voir avec la d'tention peuvent _tre prises pour des
d'lits insignifiants. D'autre part, il faut assurer l'ex'cution des d'cisions
judiciaires concernant les personnes qui ont commis des crimes graves, et l'Etat
doit agir avec esprit de suite dans ce domaine. Cet objectif a 't' pos' au
gouvernement et nous allons l'atteindre.
QUESTION: Savez-vous qu'il existe, dans le peuple, la notion du "march'
des protections" et que les premi_res places sont occup'es dans ce syst_me
criminel par les repr'sentants des organes judiciaires? Le pouvoir sup'rieur,
qu'entend-il faire pour vaincre la mafia puissante du pays?
Vladimir POUTINE: Je sais que ce probl_me existe, mais il n'y a pas l: de
solutions faciles. Je pense qu'il y a beaucoup de questions : ce sujet qui est
tr_s proche d'un autre sujet: la corruption. En g'n'ral, la corruption et les
abus commis dans les 'chelons du pouvoir d'Etat, d'autant plus dans le domaine
judiciaire, ne sont pas propres uniquement : la Russie, c'est un malheur de
nombreux pays. Mais il a acquis en Russie une telle ampleur que l'Etat n'a pas
le droit de le n'gliger.
Pour r'gler ce probl_me, il faut changer la situation dans la soci't' dans
son ensemble: dans l''conomie, dans le domaine de l''ducation. Mais les
solutions administratives conscientes sont aussi n'cessaires. Le renforcement
des organes judiciaires et la r'forme judiciaire sont l'un des moyens de r'gler
ce probl_me. Un paquet de lois sur la r'forme judiciaire a 't' notamment adopt'
pour renforcer les tribunaux et les rendre, d'une part, plus ind'pendants, de
l'autre, subordonn's : la soci't' et : l'Etat. Comme vous le savez, les
dispositions du Code de proc'dure p'nale entreront en vigueur l'ann'e prochaine.
Conform'ment : cette loi, aucun citoyen ne peut _tre soumis : l'interrogatoire
m_me lors de l'interpellation, non seulement lors de l'arrestation, mais aussi
en cas d'interpellation, en l'absence d'un avocat. Autrement dit, : partir du
1er juillet prochain, si quelqu'un vous interpelle dans la rue, il n'a pas le
droit de vous soumettre : un interrogatoire en l'absence de votre avocat, si
vous exigez qu'il soit pr'sent.
A partir de l'ann'e prochaine, une action en justice ne peut _tre engag'e
sans concertation avec le parquet. Jusque-l:, une action en justice pouvait _tre
engag'e contre n'importe quel citoyen par les organes de l'Int'rieur de leur
propre chef. Dor'navant, cette d'cision sera prise 'galement par le minist_re de
l'Int'rieur, par ses employ's, mais par accord avec le parquet.
Le syst_me des tribunaux s'est renforc'. Nous avons introduit la limite d'_ge
pour les juges: 65 ans. Cette limite n'existait pas. D'apr_s une proc'dure
sp'ciale, des poursuites judiciaires peuvent _tre engag'es contre les juges,
notamment des poursuites p'nales. On a mis au point une proc'dure d'actions
op'rationnelles : entreprendre : l''gard des juges. Tout cela est mentionn' dans
la Loi, etc.
Ce qui est tr_s important, : mon avis, bien que cela ne soit pas directement
li' : l'activit' du minist_re de l'Int'rieur, c'est le renforcement g'n'ral de
l'ordre juridique dans le pays. Nous avons accord' une attention particuli_re :
la mise en oeuvre des d'cisions de la Cour Constitutionnelle. Tout cela doit
contribuer : accro_tre les possibilit's de l'Etat de mettre de l'ordre dans
cette sph_re.
QUESTION (de la m_re du capitaine de corvette Chtchavinski mort : bord du
sous-marin "Koursk"): En tant que pr'sident, vous avez tenu parole, le
sous-marin est remont', nous sommes fiers de vous. Comment vous regardent
maintenant ceux qui voulaient vous persuader de ne pas remonter le sous-marin?
Vladimir POUTINE: Je vous remercie de cette question. Je dois dire qu'il y a
eu effectivement beaucoup de d'bats au sujet de la remont'e du sous-marin. Mais
lorsque j'ai pris cette d'cision, elle n''tait pas volontariste, elle 'tait
fond'e sur l'opinion des savants avec qui j'ai travaill' coude : coude.
D'autre part, ceux qui objectaient contre la remont'e, avaient des arguments
importants pour cela, parce que personne ne pouvait pr'voir les cons'quences
avec la certitude absolue. C'est pourquoi je ne posais pas la question
carr'ment.
En ce qui concerne les bonnes paroles prononc'es : mon 'gard, je vous en
remercie. Mais j'estime que nous devons _tre fiers, avant tout, de vos proches:
fils et maris, tous ceux qui ont p'ri : bord du sous-marin "Koursk" et
tous ceux qui continuent : effectuer leur service dans des conditions difficiles
et qui accomplissent leur mission tr_s importante et n'cessaire au pays en
assurant la capacit' d'fensive de l'Etat.
QUESTION (Mourmansk): Vous avez abord' le probl_me des revenus des
militaires. Croyez-vous que les mesures r'elles qui sont prises aujourd'hui
peuvent porter mon niveau de vie au niveau de la classe moyenne?
Vladimir POUTINE : Je commen+ais mon service au grade de lieutenant en 1975.
Fin 1975, je touchais un solde de 180 roubles. Un revenu pas des plus
importants, m_me pour l''poque, quand m_me confortable. J'estime que nous devons
non seulement rendre les soldes conformes au niveau moyen dans le pays. Je pense
qu'ils doivent _tre l'g_rement sup'rieurs.
Hier, nous avons discut' : ce sujet avec certains responsables du
gouvernement. Je pense en g'n'ral que les revenus des miliaires doivent _tre
l'g_rement sup'rieurs aux revenus des fonctionnaires publics, ne serait-ce que
de 20 : 30%. Malheureusement, nous sommes encore loin de cette situation.
Cette ann'e, il faut l'avouer, nous n'avons pas fait beaucoup pour l'arm'e en
ce sens. Cette ann'e, l'Etat n'a fait qu'amortir ses arri'r's vis-:-vis des
militaires sur les majorations que nous avions d'cr't'es l'an dernier pour ceux
qui font leur service dans le Nord et en Extr_me-Orient. C'est tout. Non en
dernier lieu, cela a trait au fait que nous avons mis beaucoup de temps pour
'laborer un plan de d'veloppement des Forces arm'es. Conform'ment : ce plan, il
fallait savoir quoi d'velopper, : qui payer et combien.
A partir du 1er janvier, nous allons majorer les suppl'ments pour le service
dans les conditions particuli_res. Cette augmentation sera de 20%. De 50%
aujourd'hui, ce suppl'ment constituera donc 70% du solde de base.
Ensuite. Nous allons d'cr'ter ce que les militaires appelaient dans le pass'
les "majorations commandant". Cela concernera en premier lieu les
officiers du maillon moyen, du commandant de r'giment et plus bas. Les g'n'raux
en b'n'ficieront eux aussi mais dans une proportion bien moindre. En moyenne, ce
sera une majoration par trop importante, de 10 : 15%.
Or : partir du 1er juillet, ce sera d'j: une majoration importante, de 40 :
60% en termes r'els en moyenne. C'est appr'ciable. Mais ce sera aussi un pas
r'el vers l''l'vation du bien-_tre des militaires. Si tout va comme pr'vu - je
l'esp_re bien - le pas suivant est pr'vu pur 2003, lorsque les versements pour
les grades militaires seront relev's. Si cela a lieu, le d'calage entre le
militaire et le fonctionnaire public du m_me niveau sera de l'ordre de 30% en
faveur du premier.
Mais le probl_me le plus important aujourd'hui, c'est bien entendu celui des
logements. Nous avons aujourd'hui 90 000 officiers, sous-officiers et ma_tres
principaux qui louent des appartements. Le probl_me n'est pas r'gl' assez
efficacement. Cette ann'e, seulement 13 700 ou 13 800 militaires ont eu leur
propre appartement. En d'cembre, nous avons d'bours' des fonds suppl'mentaires,
donc, ajoutez-y encore un millier d'appartements. Cela fait au total 14 700 ou
14 800. L'an dernier, seulement 8 000 ont eu leur appartement. L'an prochain,
nous projetons de doubler en fait le nombre des militaires s'installant dans
leur propre appartement. Nous estimons qu': ce rythme-l:, nous finirons par
r'gler graduellement ce probl_me.
Parall_lement, certains avantages seront annul's. Mais je tiens : rappeler
que certaines facilit's seront conserv'es, notamment en ce qui concerne les
d'placements des militaires vers leurs lieux de service, de vacances, etc. Mais
les avantages fiscaux, les avantages li's aux charges municipales, ils seront
tous annul's.
Je viens de charger le gouvernement d''laborer et d'introduire dans les
meilleurs d'lais le m'canisme qui 'tendrait aux militaires la r_gle g'n'rale en
vigueur pour les autres citoyens, a savoir : si la part des charges municipales
dans le revenu global de la famille est sup'rieure : 22%, tout ce qui est
au-del: de cette somme doit _tre prise en charge par l'Etat. Je veux que vous et
les autres officiers en soient au courant.
Ensuite. Les avantages seront pleinement maintenus pour les retrait's :
l''gard desquels est appliqu'e la Loi sur les v't'rans. Leurs avantages seront
conserv's. Ils se retrouvent, il faut le dire honn_tement, dans une situation
avantageuse car leurs retraites suivront les majorations des traitements de base
des militaires (les pensions de cette cat'gories des citoyens, de l'ensemble des
retrait's militaires, sont fonction des traitements de base des miliaires). Ces
retraites augmenteront et aucun des avantages dont b'n'ficient les v't'rans ne
sera annul'. Je tiens : attirer votre attention sur ce fait l:. Je sais que les
v't'rans s'en inqui_tent.
QUESTION: Le gouvernement se tournera-t-il vers les probl_mes du complexe
militaro-industriel et plus particuli_rement, vers les entreprises relevant du
minist_re de la D'fense ?
Vladimir POUTINE : Ces dix derni_res ann'es, le secteur de l'industrie
d'armements a 't' dans une situation difficile. Vous avez parfaitement raison en
attirant mon attention sur ce probl_me. Il suffit de se rappeler qu'aucun
b_timent de guerre n'a 't' mis en chantier ces dix derni_res ann'es. Et ce n'est
qu'il n'y a pas longtemps que nous avons mis en chantier un navire de guerre :
Saint-P'tersbourg.
Et pourtant, si vous travaillez dans ce secteur, vous ne pouvez ne pas vous
rendre compte de ce que l'Etat a chang' d'attitude envers l'industrie de guerre
ces deux derni_res ann'es. Nous avons amorti presque la totalit' de nos dettes
envers ce secteur. 80%, pour _tre plus pr'cis. 20% ont 't' mise en r'serve et
seront d'finitivement amortis au premier trimestre 2002.
Enfin, il faut d'velopper ce secteur conform'ment aux plans de d'veloppement
des Forces arm'es elles-m_mes. Nous avons mis beaucoup de temps pour mettre au
point la strat'gie du d'veloppement des Forces arm'es jusqu'en 2010 et un plan
de d'veloppement et d''dification des Forces arm'es jusqu'en 2005. L'industrie
d'armements se d'veloppera conform'ment : ce plan. En 2002, l'Etat d'pensera 30%
de plus que cette ann'e pour ce secteur.
Je pense qu'il ne faut pas oublier qu': c"t' de l'industrie d'armements
nous avons m'decins, enseignants et retrait's. Et je pense que c'est le maximum
de ce que l'Etat puisse faire dans ce domaine tr_s important. Mais nous nous
efforcerons d'atteindre les objectifs que nous nous fixons dans ce domaine.
QUESTION: Nous constatons que les effectifs de ceux que nous appelons
"migrants forc's" sont en hausse ces derniers temps. Il y en a
beaucoup. Dans certains endroits, ils d'passent d'j: en nombre la population de
souche. Dire que ces gens se heurtent : beaucoup de probl_mes, c'est ne rien
dire. Il est pratiquement impossible de r'gler ces probl_mes au niveau local.
Ces gens-l:, auront-ils la possibilit' de revenir vers leurs foyers et si oui,
quand ?
Vladimir POUTINE : En effet, ce probl_me est tr_s grave, surtout dans le Sud
de la Russie. Ces derni_res ann'es, la Russie a accueilli en son territoire pr_s
de 8 millions de personnes venant des pays de la Communaut' des Etats
ind'pendants. De ce total, 4 millions sont repartis pour d'autres pays, 4
millions sont rest's chez nous.
Pour les accueillir, nous d'pensons de l'argent, peut-_tre pas tr_s important
: l''chelle mondiale mais tr_s important pour nous. Nous avons ainsi aid'
presque 500 000 personnes : avoir leur propre logement. 480 000 pour _tre plus
pr'cis. S'il y a une erreur, elle n'est pas tr_s importante. De ce total, 60 000
ont eu des appartements gratuits, les autres se sont vu remettre des sommes qui
ne r_glent bien s-r pas le probl_me mais aident toutefois : acqu'rir un
logement. Et n'oubliez surtout pas que si 90 000 officiers d'arm'e n'ont
toujours pas d'appartements, 60 000 migrants ont eu la possibilit' de se payer
des logements en Russie. M_me pour nous c'est un chiffre appr'ciable.
Malheureusement, les probl_mes dans ce domaine sont loin d'_tre r'gl's. En ce
sens, notre l'gislation n'est pas lib'rale mais embrouill'e. Elle est trop
politis'e. Je tiens : rappeler que la majorit' 'crasante des pays industrialis's
r_glent leurs probl_mes d'mographiques essentiellement gr_ce aux afflux
d'immigr's. Ils appliquent m_me une politique tendant : attirer les immigr's,
m_me s'ils ont des probl_mes en ce sens, car viennent surtout les gens qui ne
parlent pas la langue de ce pays, les gens d'une autre culture, et ainsi de
suite.
Or pour ce qui nous concerne, nous sommes en situation privil'gi'e. Il s'agit
de citoyens d'ex-URSS, qui parlent russe, qui ont une m_me mentalit', des gens
qui s'adaptent facilement. Mais nous devons avoir une politique d'immigration
avantageuse pour nous, je ne crains pas ce mot. Nous devons attirer les
ressources de main-d'oeuvre l: o- notre pays en a besoin, et ne pas permettre :
n'importe qui de s'installer n'importe o- dans notre pays.
J'ai donn' une instruction correspondante au gouvernement, nous tenterons de
faire voter une loi correspondante par le parlement. Malheureusement, je dois
rappeler une nouvelle fois que cette question est trop politis'e chez nous. Une
partie des d'put's continuent d'insister sur le fait que tous les citoyens de
l'ex-URSS sont en m_me temps les citoyens de Russie, donc, ils ont le droit :
tout. Mais je pense que le temps o- nous avons aid' tous les r'fugi's est d'j:
r'volu. Ceux qui voulaient venir chez nous l'ont d'j: fait et ceux qui voulaient
rester dans les ex-r'publiques, restent y vivre, : quelques rares exceptions.
De ce fait, au lieu de peaufiner la Loi sur les r'fugi's nous devons 'laborer
une l'gislation de migration normale et avantageuse pour la Russie. C'est ce que
nous allons faire.
QUESTION: Comment le gouvernement envisage-t-il de lutter contre le trafic de
drogues ?
Vladimir POUTINE : Le probl_me ne se r'sume pas : la simple lutte contre le
trafic de drogues. Nous sommes maintenant un Etat sans fronti_res, non
virtuellement parlant, mais au sens strict du terme.
En son temps, nous avions aux fronti_res sud de la Russie la situation qui
pr'vaut actuellement sur notre fronti_re avec la Finlande : barbel's, pistes,
etc. Maintenant, sur les fronti_res sud, axe d'ailleurs le plus dangereux, nous
n'avons rien de pareil.
Car entre l'Afghanistan et certaines r'publiques d'ex-URSS, la fronti_re est
transparente, comme il est de mise de dire aujourd'hui. Par endroits, elle est
inexistante. Or avec ces pays-l:, par exemple, avec le Kazakhstan, nous avons
des milliers de kilom_tres de fronti_res non am'nag'es et non prot'g'es,
traversant des steppes. Ce qui fait que les stup'fiants afghans transitent la
Russie et vont aux pays o- le march' des drogues est bien plus attrayant que le
n"tre.
Mais, chemin faisant et 'tant donn' leur rentabilit', les drogues "se
d'posent" dans leur partie consid'rable dans des centres industriels et les
r'gions p'troliers de Russie, l: o- les consommateurs de ce poison ont les
moyens de se le payer. D'o- la difficult' de r'gler ce probl_me, notamment sur
le plan financier, et sa solution ne se r'sume pas qu': la protection de la
fronti_re, encore que cet axe soit lui aussi tr_s important.
Il nous est donc tr_s important de supprimer les foyers de production, de
vente de stup'fiants et de banditisme en Afghanistan d'o- un flux de stup'fiants
se dirige toujours vers la Russie.
D'autre part, des mesures organisationnelles et juridiques s'imposent elles
aussi. Nous avons un programme f'd'ral sp'cial de lutte anti-drogues. Nous
allons suivre, dans cet effort, deux axes : la fois. D'une part, nous
renforcerons les organismes qui en sont charg's et je pense que le temps est
venu de mettre en place un Service f'd'ral sp'cial de lutte contre le trafic de
stup'fiants. Nos avons aussi : renforcer tous les autres organes judiciaires et
de s'curit', des services techniques, : mettre : leur t_te des responsables
comp'tents, etc.
Autre axe de cet effort, c'est la pr'vention et la m'decine. C'est : dire,
mener un travail en direction des toxicomanes, mener un effort de pr'vention,
traiter les malades.
QUESTION: Pr'voit-on ou non de transf'rer la capitale de Moscou :
Saint-P'tersbourg ?
Vladimir POUTINE : Evidemment, non. Je ne pense pas que Saint-P'tersbourg en
ait besoin. Mais, il y a, d'autre part, le probl_me du financement d'une ville
aussi importante que Saint-P'tersbourg. Il est clair que celle-ci a du mal :
obtenir les revenus n'cessaires : son entretien. Et je trouve injuste qu'on
cherche : accuser de tous les maux son gouverneur. Les palais et les parcs de la
ville appartiennent : tout le peuple de Russie. Et c'est pourquoi la F'd'ration
doit aider : entretenir la ville, ses mus'es...
Je ne pense pas que jusqu'ici nous ayons fait cela de fa+on efficace. Et
pourtant, je t_cherai de formuler la r'ponse : votre question sur le transfert
de la capitale. Dans de nombreux pays, les administrations centrales ne sont pas
situ'es que dans la capitale. En Allemagne, par exemple, la banque centrale se
trouve : Francfort. Elle n'a jamais 't' : Bonn non plus. La Cour supr_me, si je
ne me trompe pas, a son si_ge : Karlsruhe. Ce qui veut dire que les organes du
pouvoir y sont "diss'min's". D'une part, il s'agit l: d'une l'g_re
d'centralisation, d'un rapprochement de telle ou telle sph_re des territoires,
et d'autre part, gr_ce aux administrations centrales les activit's 'conomiques,
les op'rations avec les biens immobiliers gagnent en intensit', et ainsi de
suite. Cela veut dire que l'effet positif en est 'vident.
Si nous nous mettons : introduire, sans r'volution aucune, cette pratique
dans notre pays, et pas uniquement : l''gard de Saint-P'tersbourg mais aussi :
l''gard d'autres villes importantes, par exemple, Nijni-Novgorod, cette pratique
s'av'rera utile.
QUESTION : La Russie se propose-t-elle non en paroles mais dans les actes de
prot'ger les int'r_ts des russophones dans les pays baltes, en Asie centrale et
dans d'autres pays d'ex-URSS ?
Vladimir POUTINE : Je ne sais pas si vous l'avez ressenti ou non mais ces
derniers temps, le gouvernement et le minist_re des Affaires 'trang_res ont
occup' des prises de positon plus 'nergiques en ce qui concerne la protection
des int'r_ts des russophones et d'autant plus des citoyens de la F'd'ration de
Russie : l''tranger, dans les pays de la CEI notamment.
Des exemples concrets abondent en ce sens. Mais je voudrais m'arr_ter sur le
probl_me de la presse, des livres et des manuels en russe, sur la lutte pour le
statut de la langue russe. Tout cela est fait.
Si vous croyez que c'est insuffisant, nous allons accro_tre nos efforts dans
cette direction. Et nous avons d'j: un exemple tr_s int'ressant en Europe. Je
m'adresse : celui qui a pos' cette question et : ceux qui s'int'ressent : la
r'ponse.
Vous le savez, il y a un an, en Mac'doine, on a pris la d'cision sous la
pression de la communaut' europ'enne et de l'OSCE, selon laquelle la population
albanaise - elle constitue 20% dans le sud mac'donien - a le droit d'_tre
repr'sent'e, dans le m_me pourcentage, dans les organes du pouvoir, de
l'administration et dans les structures coercitives. Notamment dans la police.
Il faut, je pense, reconna_tre que si nous estimons que cette r_gle est
juste, nous avons toutes les raisons de l''tendre aux Russes dans les pays
baltes. On le sait, la population de Riga est : 40% russophones. Et ces
russophones ont toutes les raisons d'exiger que cette r_gle soit 'tendue : eux.
QUESTION: Les jeunes Russes n'auront-ils pas : aller en Afghanistan pour y
faire la guerre ?
Vladimir POUTINE : Non, vous n'avez pas : vous inqui'ter : ce sujet.
Pour ce qui est de l'Afghanistan, nos objectifs sont clairs et
compr'hensibles. Nous voulons qu'il n'y ait plus d'usines de fabrication des
drogues pour nous, nous voulons qu'il n'y ait pas de camps d'entra_nement de
terroristes qui op_rent contre notre pays. Nous voulons que l'Afghanistan soit
un pays neutre et ami. C'est tout ce que nous voulons. C'est : cela que tend
toute notre politique.
Nous avons soutenu les efforts de la communaut' internationale dans la lutte
contre le terrorisme qui 'mane du territoire afghan. Maintenant, nous accordons
de l'aide humanitaire au peuple afghan. Et si vous suivez la situation dans ce
pays notre activit' est positivement accueillie par les Afghans et nos actes y
gagnent en popularit'.
Je tiens : souligner que l'efficacit' de nos actions est relev'e par des
experts, russes et 'trangers. Nous allons poursuivre notre effort en ce sens.
Quant : l'envoi de notre contingent en Afghanistan, cela n'aura pas lieu.
V. POUTINE : Je vous remercie pour cette question. Il se produit peu de
choses dans ce domaine, en effet. Mais il faut dire qu'en réalité les réformes
ne sont pas encore commencées, qu'on ne fait que parler de cette réforme.
C'est à peu près la même chose que si quelqu'un de nous qui ait, depuis
longtemps, une grave maladie chronique venait voir un docteur pour lui dire :
"Demain, je dois subir un test car je veux devenir membre d'une équipe de
cosmonautes, donnez-moi un comprimé pour que je puisse passer bien l'examen médical".
Un tel miracle ne se produirait jamais.
Le système du logement et ses problèmes datent depuis très longtemps, et
non seulement depuis ces dix dernières années. Vous êtes encore assez jeune,
et je ne suis pas vieux non plus, je pense, et les gens de ma génération se
souviennent de pas mal d'anecdotes soviétiques sur les plombiers : tantôt ils
n'ont pas d'écrou qu'il faut, tantôt c'est un tube qui est foutu, il y a une
fuite d'eau, c'était toujours comme ça. Des décennies durant, ce secteur a été
sous-financé. Or, sous le régime soviétique, tous ces biens qui relevaient de
la compétence municipale étaient en réalité financés par le centre, puisque
les responsables des prétendues "commissions de plan" des comités exécutifs
venaient à Moscou ou bien dans leur chef-lieu régional pour "obtenir de
force" des fonds, comme ils disaient, pour les distribuer aux organismes
subordonnés, jusqu'aux gérances d'immeubles. Tout manquait, le financement était
insuffisant, tout "périssait" peu à peu, mais on réussissait quand
même à tenir bon.
C'est à partir des années 90 que tout le système du logement a été remis
entre les mains des municipalités dont les possibilités financières et budgétaires
n'étaient pas absolument conformes aux besoins de ce système.
Il faut donc faire beaucoup de choses encore et, ce qui est l'essentiel, il
faut commencer par faire en sorte que les fonds débloqués dans ce domaine par
le budget fédéral, entre autres, n'aillent pas aux entreprises monopolistes
(privées ou publiques, c'est sans importance, l'important c'est qu'elles sont
monopolistes), mais directement aux gens, à vous qui êtes propriétaires de
logements. C'est alors que les gens pourront ouvrir leurs comptes personnels, spéciaux,
pour accumuler ces fonds, qu'ils pourront créer des sociétés d'usagers ou de
propriétaires de logements pour commander ces services, c'est alors que
l'argent débloqué par l'Etat sera beaucoup plus rentable.
D'après les experts, il faudra de 20 pour cent moins de l'argent pour ce
secteur par rapport à la somme que nous dépensons aujourd'hui. Un autre effet
sera atteint en plus, un effet important pour notre pays dont la population
n'est pas riche, à savoir : l'aide de l'Etat ira à ceux qui en ont vraiment
besoin, alors que ceux dont les revenus sont élevés devront payer 100% des
charges municipales.
QUESTION (Novossibirsk) : Monsieur le président, nous parlons beaucoup de la
croissance économique en Russie. Mais pour ce qui est de la science
fondamentale, sera-t-elle financée suffisamment ?
V. POUTINE : J'ai déjà dit à maintes reprises, et je dois le répéter une
fois de plus, que la science, l'éducation sont, certes, beaucoup plus
importantes pour nous que les matières énergétiques, que le pétrole et le
gaz, car c'est justement cela qui nous diffère des pays que nous considérions
jusqu'ici comme des pays en développement. L'Etat doit donc attacher une grande
attention à la science.
En effet, durant de nombreuses années cette attention n'était pas
suffisante. Mais je tiens à noter que ces deux dernières années tous les
indices prévus au budget ont été respectés par le gouvernement, et j'en ai
parlé hier au président de l'Académie des sciences qui l'a confirmé : il
s'agit des sciences fondamentales et appliquées dans leur ensemble (je sais que
vous allez répliquer que les sciences appliquées est une chose à part). Je
pense qu'en tout cas les sciences appliquées doivent préoccuper en premier
lieu les secteurs de production qu'elles desservent, les sciences fondamentales
devant faire le souci de l'Etat. Cette année, une certaine croissance du
financement de cette sphère a eu lieu. L'année prochaine, les dépenses pour
les sciences fondamentales devront s'accroître de 40 à 50%. Compte tenu du
niveau d'inflation prévu, le revenu réel de ceux qui travaillent dans ce
domaine sera certes un peu plus bas. Or, le gouvernement a pris cette décision
: dépenser cette année cet argent pour les salaires de ceux qui travaillent
dans la recherche fondamentale et aussi pour la solution des problèmes du
logement.
En 2003, nous envisageons le financement de l'ensemble de la recherche
scientifique. Il serait mieux de le faire sans tarder, mais, malheureusement,
les possibilités budgétaires sont telles que nous pouvons résoudre ce problème
dans cette succession.
QUESTION: Je viens de prendre ma retraite. Je sais que les pensions ont été
augmentées. Mais on commence à faire de nouveaux calculs, la révision des
pensions. Ne va-t-on nous duper une fois de plus, monsieur le président ?
V. POUTINE : Vous parlez probablement de la reforme du système de pension prévue
dans le paquet de documents adopté par la Douma et qui porte sur le volet
concernant l'accumulation des pensions. Je dois vous rassurer. L'ensemble de ce
système ne concernera que les citoyens russes qui ont aujourd'hui mois de 30
ans. Il ne sera appliqué qu'en partie aux personnes entre 30 et 50 ans, et ne
concernera point les personnes qui sont actuellement en retraite.
Le système d'accumulation sera le suivant. Aujourd'hui, les entreprises et
les établissements virent 28% au Fonds de pension, dont 2% seulement seront
versés pour l'accumulation, en 2002. Je ne l'explique pas seulement à vous qui
avez posé cette question, mais aussi à tous ceux qu'elle intéresse. L'homme
aura ainsi la possibilité de disposer lui-même de l'argent accumulé, soit de
le verser à un fonds ou d'en profiter autrement.
Le gouvernement partait de cette circonstance que cela permettrait de rendre
transparente une partie des salaires car tout individu pourra exiger de son
employeur qu'il l'informe sur son salaire exact car c'est de son salaire que dépendra
le montant de sa pension de retraite. Ce principe est très important.
Je répète que ce système sera appliqué par étapes, et en ce qui concerne
les personnes qui sont en retraite en ce moment, leurs pensions seront indexées
chaque trimestre, en 2002.
QUESTION: Est-ce longtemps encore que notre économie dépendra des prix
mondiaux du pétrole ?
V. POUTINE : L'économie russe ne dépend point des prix du pétrole, c'est
le budget russe qui en dépend, c'est vrai. Il en dépend considérablement car
jusqu'ici 30 à 40% des recettes budgétaires provenaient de l'exportation de
matières énergétiques.
Nous voudrions tous savoir si l'Etat peut respecter tous ses engagements,
sociaux en premier lieu, pris pour 2002 si les prix mondiaux du pétrole et du
gaz baissent. Cela mettra le budget dans une situation difficile. Mais je dois
vous dire que, premièrement, il a été adopté compte tenu des prix minimums
du pétrole, d'après un scénario dit pessimiste.
Deuxièmement, et c'est sur cela que je voudrais attirer votre attention, car
vous êtes un futur spécialiste dans le domaine des relations internationales,
le fait est que l'essentiel que nous avons fait cette année, et ce grâce au
concours du parlement qui, je dois vous le dire sans ironie, a travaillé dur
(les députés ont parfois travaillé jusqu'à 22-23 heures et même des nuits
entières), c'est de préparer et d'adopter de nombreuses lois, dont des lois
dans le domaine économique ou dans des domaines qui ont rapport au développement
économique, lois qui doivent réunir des conditions pour un développement
dynamique de l'économie nationale pour une période à moyen terme.
Cela devra nous permettre de créer un climat, bon et stable, pour les
investissements. Et, par conséquent, de redistribuer à d'autres secteurs économiques
les fonds accumulés grâce, entre autres, par nos compagnies de pétrole et
d'autres compagnies qui ont exporté, de nombreuses années durant, des matières
premières. Dans l'ensemble cela pourra donner même un effet positif. Pour
cela, je le répète, l'Etat doit non seulement être en mesure d'adopter de
telles lois, mais aussi de garantir leur application.
QUESTION: Mon nom est Ivan Mikhaïlovitch Roumiantsev. Je suis retraité âgé
de 71 ans. Beslan Gantamirov cite, dans l'hebdomadaire "AiF",
l'endroit où Bassaiev et Maskhadov se trouvent en Tchétchénie. Pourquoi les
services secrets ne profitent-ils pas de cette information? Ou bien l'opération
effectuée par les services secrets en Tchétchénie est-elle avantageuse à
d'aucuns qui ne veulent pas arrêter Bassaiev et Maskhadov?
Vladimir POUTINE: Non, Ivan Mikhaïlovitch, elle n'est avantageuse à
personne, sauf les bandits. Si c'était avantageux, on n'aurait pas coupé la
moitié d'une jambe à l'un de ces individus, n'est-ce pas?
En ce qui concerne la déclaration de Gantamirov dont vous avez parlé, vous
n'ignorez pas qu'il est adjoint au représentant plénipotentiaire du président
dans la Région fédérale du Sud, qu'il était récemment maire de Grozny,
c'est pourquoi la police tchétchène lui était, en fait, subordonnée. S'il
savait où se trouvent effectivement, dans quelle maison, tels ou tels bandits
connus, il aurait la possibilité de les saisir, il l'aurait fait. Connaissant
son caractère, je n'en doute pas.
Ces informations ont probablement un caractère général. D'autre part, les
localités où se cachent, selon lui, les bandits n'ont pas deux ou trois cours,
elles comptent plusieurs milliers d'habitants. Puisque les bandits s'étaient préparés
d'avance, je suis certain qu'ils avaient pris suffisamment de mesures pour
s'assurer la sécurité, en créant des passages souterrains, etc.
Cela étant, nous ne pouvons pas, malheureusement, effectuer des
"ratissages" massifs là où vivent des milliers d'habitants et nous
ne pouvons pas non plus utiliser l'aviation, comme c'était le cas en
Afghanistan où des bombardiers lourds ont été employés contre de telles
localités. N'oublions pas que leurs habitants sont des citoyens de Russie,
c'est pourquoi nous devons agir très délicatement. Mais je ne doute pas que
nos services secrets finiront par les saisir.
QUESTION: Vous avez travaillé longtemps dans les services de renseignements.
A ce que je sache, les efforts principaux de nos services de renseignements ont
été déployés en vue de renforcer les positions de notre Etat sur l'arène
politique mondiale, en contrepoids à nos ennemis potentiels, et les Etats-Unis
d'Amérique étaient considérés comme notre principal ennemi potentiel.
Je voudrais vous poser la question suivante: qu'avez-vous senti, Vladimir
Vladimirovitch, en passant une nuit au ranch de George W. Bush?
Vladimir POUTINE: Du temps de l'Union Soviétique, les Etats-Unis et le bloc
de l'OTAN étaient considérés comme l'adversaire principal. Dans les documents
officiels de l'organisation où j'ai travaillé, les Etats-Unis étaient qualifiés
d'"adversaire principal".
Je n'avais pas d'émotions excessives en passant une nuit à la datcha de
Bush. Je me demande ce qu'il a senti lui-même, en accueillant chez lui un
ancien agent du service extérieur soviétique de renseignements.
D'ailleurs, je pense que vous n'ignorez pas que le président actuel des
Etats-Unis est fils de l'ancien directeur de la CIA qui est devenu ensuite président
des Etats-Unis. Par conséquent, on peut dire que nous étions en famille et que
nous avons bien compris l'un l'autre.
QUESTON: Je voudrais connaître les changements radicaux de la situation
concernant les salaires des employés du secteur public.
Vladimir POUTINE: Effectivement, la situation est complexe. J'en ai parlé au
début et je tiens à le répéter. Nous ne pouvions pas passer à
l'augmentation réelle importante des salaires dans le secteur public avant de
rembourser la dette de l'Etat au secteur public, dette accumulée au cours de
ces dernières années. Comme je l'ai déjà dit, cette année, nous avons une
dette de 1,5 milliard de roubles, contre 3,5 milliards auparavant.
Disons le carrément: il ne faut pas faire de promesses irréalisables et ne
pas les tenir, ou bien dénicher cet argent (passez-moi l'expression) dans
d'autres secteurs. En fin de compte, cela ne fait que ruiner l'économie.
Nous avons atteint, pour l'essentiel, l'objectif numéro un dans ce domaine:
les dettes ont été, pour l'essentiel, remboursées, bien que pas entièrement,
c'est pourquoi nous avons prévu de relever les salaires à partir de l'année
prochaine. Mais, en prenant en considération les résultats du travail accompli
cette année, nous avons décidé, et les députés ont partagé cet avis, que
ces majorations seront importantes: de 40 à 60 % en termes réels, moins le
taux d'inflation. Je tiens à souligner, en termes réels. Elles ont déjà
commencé le 1er décembre dernier.
Bien entendu, c'est insuffisant. A mon avis, Léonid a parfaitement raison
d'estimer que c'est insuffisant. Vous avez cité deux sphères très importantes
pour l'Etat: l'école et la médecine. Ces deux sphères du secteur public sont
très proches, mais, à la fois, différentes.
Je tiens à dire deux mots à propos de la médecine. Développant
certainement la médecine payée, nous devons conserver obligatoirement
aujourd'hui la médecine gratuite pour la majorité écrasante de nos citoyens,
car leurs revenus sont très bas. En ce sens, l'attention principale sera accordée
à la médecine assurantielle. Il faut payer non pas à l'établissement de médecine
parce qu'il existe dans la nature, mais pour la qualité des services rendus et
pour le nombre de patients qui en ont profités. Lorsque le système assurantiel
aura suffisamment de fonds pour que l'argent vienne avec les patients, les
revenus de la médecine et ceux du personnel médical pourront changer considérablement,
à mon avis.
Le gouvernement se penche actuellement sur deux problèmes de cette sphère.
D'une part, une base juridique supplémentaire est en préparation, d'autre
part, on fournit des arguments économiques et on cherche des sources de
financement, pour créer le capital de départ indispensable pour le système
assurantiel. Aujourd'hui, il n'est pas suffisamment développé chez nous.
L'école est un sujet à part et encore plus important pour l'Etat. Le
principe assurantiel n'y convient pas. Il faut le financement direct. Cela
concerne surtout l'école secondaire, et non pas l'école supérieure. L'école
se trouve dans une situation difficile, parce qu'elle relève des autorités
municipales qui manquent d'argent dans leurs budgets pour entretenir dûment les
écoles.
QUESTION (d'un retraité d'Orenbourg): Pourquoi les tribunaux condamnent-ils
à la détention prolongée pour des délits insignifiants et n'infligent-ils
pas d'autres sanctions prévues par la législation pénale?
Vladimir POUTINE: Vous avez touché l'un des points névralgiques et vous
avez mis dans le mille. Ce problème existe: j'estime qu'il s'agit de la
politique pénale dénaturée de l'Etat. Elle est reflétée dans le Code pénal,
et nous devons certainement réfléchir à la façon de la modifier.
Il n'y a rien de semblable dans d'autres Etats démocratiques. Evidemment,
des sanctions n'ayant rien à voir avec la détention peuvent être prises pour
des délits insignifiants. D'autre part, il faut assurer l'exécution des décisions
judiciaires concernant les personnes qui ont commis des crimes graves, et l'Etat
doit agir avec esprit de suite dans ce domaine. Cet objectif a été posé au
gouvernement et nous allons l'atteindre.
QUESTION: Savez-vous qu'il existe, dans le peuple, la notion du "marché
des protections" et que les premières places sont occupées dans ce système
criminel par les représentants des organes judiciaires? Le pouvoir supérieur,
qu'entend-il faire pour vaincre la mafia puissante du pays?
Vladimir POUTINE: Je sais que ce problème existe, mais il n'y a pas là de
solutions faciles. Je pense qu'il y a beaucoup de questions à ce sujet qui est
très proche d'un autre sujet: la corruption. En général, la corruption et les
abus commis dans les échelons du pouvoir d'Etat, d'autant plus dans le domaine
judiciaire, ne sont pas propres uniquement à la Russie, c'est un malheur de
nombreux pays. Mais il a acquis en Russie une telle ampleur que l'Etat n'a pas
le droit de le négliger.
Pour régler ce problème, il faut changer la situation dans la société
dans son ensemble: dans l'économie, dans le domaine de l'éducation. Mais les
solutions administratives conscientes sont aussi nécessaires. Le renforcement
des organes judiciaires et la réforme judiciaire sont l'un des moyens de régler
ce problème. Un paquet de lois sur la réforme judiciaire a été notamment
adopté pour renforcer les tribunaux et les rendre, d'une part, plus indépendants,
de l'autre, subordonnés à la société et à l'Etat. Comme vous le savez, les
dispositions du Code de procédure pénale entreront en vigueur l'année
prochaine. Conformément à cette loi, aucun citoyen ne peut être soumis à
l'interrogatoire même lors de l'interpellation, non seulement lors de
l'arrestation, mais aussi en cas d'interpellation, en l'absence d'un avocat.
Autrement dit, à partir du 1er juillet prochain, si quelqu'un vous interpelle
dans la rue, il n'a pas le droit de vous soumettre à un interrogatoire en
l'absence de votre avocat, si vous exigez qu'il soit présent.
A partir de l'année prochaine, une action en justice ne peut être engagée
sans concertation avec le parquet. Jusque-là, une action en justice pouvait être
engagée contre n'importe quel citoyen par les organes de l'Intérieur de leur
propre chef. Dorénavant, cette décision sera prise également par le ministère
de l'Intérieur, par ses employés, mais par accord avec le parquet.
Le système des tribunaux s'est renforcé. Nous avons introduit la limite d'âge
pour les juges: 65 ans. Cette limite n'existait pas. D'après une procédure spéciale,
des poursuites judiciaires peuvent être engagées contre les juges, notamment
des poursuites pénales. On a mis au point une procédure d'actions opérationnelles
à entreprendre à l'égard des juges. Tout cela est mentionné dans la Loi,
etc.
Ce qui est très important, à mon avis, bien que cela ne soit pas
directement lié à l'activité du ministère de l'Intérieur, c'est le
renforcement général de l'ordre juridique dans le pays. Nous avons accordé
une attention particulière à la mise en oeuvre des décisions de la Cour
Constitutionnelle. Tout cela doit contribuer à accroître les possibilités de
l'Etat de mettre de l'ordre dans cette sphère.
QUESTION (de la mère du capitaine de corvette Chtchavinski mort à bord du
sous-marin "Koursk"): En tant que président, vous avez tenu parole,
le sous-marin est remonté, nous sommes fiers de vous. Comment vous regardent
maintenant ceux qui voulaient vous persuader de ne pas remonter le sous-marin?
Vladimir POUTINE: Je vous remercie de cette question. Je dois dire qu'il y a
eu effectivement beaucoup de débats au sujet de la remontée du sous-marin.
Mais lorsque j'ai pris cette décision, elle n'était pas volontariste, elle était
fondée sur l'opinion des savants avec qui j'ai travaillé coude à coude.
D'autre part, ceux qui objectaient contre la remontée, avaient des arguments
importants pour cela, parce que personne ne pouvait prévoir les conséquences
avec la certitude absolue. C'est pourquoi je ne posais pas la question carrément.
En ce qui concerne les bonnes paroles prononcées à mon égard, je vous en
remercie. Mais j'estime que nous devons être fiers, avant tout, de vos proches:
fils et maris, tous ceux qui ont péri à bord du sous-marin "Koursk"
et tous ceux qui continuent à effectuer leur service dans des conditions
difficiles et qui accomplissent leur mission très importante et nécessaire au
pays en assurant la capacité défensive de l'Etat.
QUESTION (Mourmansk): Vous avez abordé le problème des revenus des
militaires. Croyez-vous que les mesures réelles qui sont prises aujourd'hui
peuvent porter mon niveau de vie au niveau de la classe moyenne?
Vladimir POUTINE : Je commençais mon service au grade de lieutenant en 1975.
Fin 1975, je touchais un solde de 180 roubles. Un revenu pas des plus
importants, même pour l'époque, quand même confortable. J'estime que nous
devons non seulement rendre les soldes conformes au niveau moyen dans le pays.
Je pense qu'ils doivent être légèrement supérieurs.
Hier, nous avons discuté à ce sujet avec certains responsables du
gouvernement. Je pense en général que les revenus des miliaires doivent être
légèrement supérieurs aux revenus des fonctionnaires publics, ne serait-ce
que de 20 à 30%. Malheureusement, nous sommes encore loin de cette situation.
Cette année, il faut l'avouer, nous n'avons pas fait beaucoup pour l'armée
en ce sens. Cette année, l'Etat n'a fait qu'amortir ses arriérés vis-à-vis
des militaires sur les majorations que nous avions décrétées l'an dernier
pour ceux qui font leur service dans le Nord et en Extrême-Orient. C'est tout.
Non en dernier lieu, cela a trait au fait que nous avons mis beaucoup de temps
pour élaborer un plan de développement des Forces armées. Conformément à ce
plan, il fallait savoir quoi développer, à qui payer et combien.
A partir du 1er janvier, nous allons majorer les suppléments pour le service
dans les conditions particulières. Cette augmentation sera de 20%. De 50%
aujourd'hui, ce supplément constituera donc 70% du solde de base.
Ensuite. Nous allons décréter ce que les militaires appelaient dans le passé
les "majorations commandant". Cela concernera en premier lieu les
officiers du maillon moyen, du commandant de régiment et plus bas. Les généraux
en bénéficieront eux aussi mais dans une proportion bien moindre. En moyenne,
ce sera une majoration par trop importante, de 10 à 15%.
Or à partir du 1er juillet, ce sera déjà une majoration importante, de 40
à 60% en termes réels en moyenne. C'est appréciable. Mais ce sera aussi un
pas réel vers l'élévation du bien-être des militaires. Si tout va comme prévu
- je l'espère bien - le pas suivant est prévu pur 2003, lorsque les versements
pour les grades militaires seront relevés. Si cela a lieu, le décalage entre
le militaire et le fonctionnaire public du même niveau sera de l'ordre de 30%
en faveur du premier.
Mais le problème le plus important aujourd'hui, c'est bien entendu celui des
logements. Nous avons aujourd'hui 90 000 officiers, sous-officiers et maîtres
principaux qui louent des appartements. Le problème n'est pas réglé assez
efficacement. Cette année, seulement 13 700 ou 13 800 militaires ont eu leur
propre appartement. En décembre, nous avons déboursé des fonds supplémentaires,
donc, ajoutez-y encore un millier d'appartements. Cela fait au total 14 700 ou
14 800. L'an dernier, seulement 8 000 ont eu leur appartement. L'an prochain,
nous projetons de doubler en fait le nombre des militaires s'installant dans
leur propre appartement. Nous estimons qu'à ce rythme-là, nous finirons par régler
graduellement ce problème.
Parallèlement, certains avantages seront annulés. Mais je tiens à rappeler
que certaines facilités seront conservées, notamment en ce qui concerne les déplacements
des militaires vers leurs lieux de service, de vacances, etc. Mais les avantages
fiscaux, les avantages liés aux charges municipales, ils seront tous annulés.
Je viens de charger le gouvernement d'élaborer et d'introduire dans les
meilleurs délais le mécanisme qui étendrait aux militaires la règle générale
en vigueur pour les autres citoyens, a savoir : si la part des charges
municipales dans le revenu global de la famille est supérieure à 22%, tout ce
qui est au-delà de cette somme doit être prise en charge par l'Etat. Je veux
que vous et les autres officiers en soient au courant.
Ensuite. Les avantages seront pleinement maintenus pour les retraités à l'égard
desquels est appliquée la Loi sur les vétérans. Leurs avantages seront
conservés. Ils se retrouvent, il faut le dire honnêtement, dans une situation
avantageuse car leurs retraites suivront les majorations des traitements de base
des militaires (les pensions de cette catégories des citoyens, de l'ensemble
des retraités militaires, sont fonction des traitements de base des miliaires).
Ces retraites augmenteront et aucun des avantages dont bénéficient les vétérans
ne sera annulé. Je tiens à attirer votre attention sur ce fait là. Je sais
que les vétérans s'en inquiètent.
QUESTION: Le gouvernement se tournera-t-il vers les problèmes du complexe
militaro-industriel et plus particulièrement, vers les entreprises relevant du
ministère de la Défense ?
Vladimir POUTINE : Ces dix dernières années, le secteur de l'industrie
d'armements a été dans une situation difficile. Vous avez parfaitement raison
en attirant mon attention sur ce problème. Il suffit de se rappeler qu'aucun bâtiment
de guerre n'a été mis en chantier ces dix dernières années. Et ce n'est
qu'il n'y a pas longtemps que nous avons mis en chantier un navire de guerre à
Saint-Pétersbourg.
Et pourtant, si vous travaillez dans ce secteur, vous ne pouvez ne pas vous
rendre compte de ce que l'Etat a changé d'attitude envers l'industrie de guerre
ces deux dernières années. Nous avons amorti presque la totalité de nos
dettes envers ce secteur. 80%, pour être plus précis. 20% ont été mise en réserve
et seront définitivement amortis au premier trimestre 2002.
Enfin, il faut développer ce secteur conformément aux plans de développement
des Forces armées elles-mêmes. Nous avons mis beaucoup de temps pour mettre au
point la stratégie du développement des Forces armées jusqu'en 2010 et un
plan de développement et d'édification des Forces armées jusqu'en 2005.
L'industrie d'armements se développera conformément à ce plan. En 2002,
l'Etat dépensera 30% de plus que cette année pour ce secteur.
Je pense qu'il ne faut pas oublier qu'à côté de l'industrie d'armements
nous avons médecins, enseignants et retraités. Et je pense que c'est le
maximum de ce que l'Etat puisse faire dans ce domaine très important. Mais nous
nous efforcerons d'atteindre les objectifs que nous nous fixons dans ce domaine.
QUESTION: Nous constatons que les effectifs de ceux que nous appelons
"migrants forcés" sont en hausse ces derniers temps. Il y en a
beaucoup. Dans certains endroits, ils dépassent déjà en nombre la population
de souche. Dire que ces gens se heurtent à beaucoup de problèmes, c'est ne
rien dire. Il est pratiquement impossible de régler ces problèmes au niveau
local. Ces gens-là, auront-ils la possibilité de revenir vers leurs foyers et
si oui, quand ?
Vladimir POUTINE : En effet, ce problème est très grave, surtout dans le
Sud de la Russie. Ces dernières années, la Russie a accueilli en son
territoire près de 8 millions de personnes venant des pays de la Communauté
des Etats indépendants. De ce total, 4 millions sont repartis pour d'autres
pays, 4 millions sont restés chez nous.
Pour les accueillir, nous dépensons de l'argent, peut-être pas très
important à l'échelle mondiale mais très important pour nous. Nous avons
ainsi aidé presque 500 000 personnes à avoir leur propre logement. 480 000
pour être plus précis. S'il y a une erreur, elle n'est pas très importante.
De ce total, 60 000 ont eu des appartements gratuits, les autres se sont vu
remettre des sommes qui ne règlent bien sûr pas le problème mais aident
toutefois à acquérir un logement. Et n'oubliez surtout pas que si 90 000
officiers d'armée n'ont toujours pas d'appartements, 60 000 migrants ont eu la
possibilité de se payer des logements en Russie. Même pour nous c'est un
chiffre appréciable.
Malheureusement, les problèmes dans ce domaine sont loin d'être réglés.
En ce sens, notre législation n'est pas libérale mais embrouillée. Elle est
trop politisée. Je tiens à rappeler que la majorité écrasante des pays
industrialisés règlent leurs problèmes démographiques essentiellement grâce
aux afflux d'immigrés. Ils appliquent même une politique tendant à attirer
les immigrés, même s'ils ont des problèmes en ce sens, car viennent surtout
les gens qui ne parlent pas la langue de ce pays, les gens d'une autre culture,
et ainsi de suite.
Or pour ce qui nous concerne, nous sommes en situation privilégiée. Il
s'agit de citoyens d'ex-URSS, qui parlent russe, qui ont une même mentalité,
des gens qui s'adaptent facilement. Mais nous devons avoir une politique
d'immigration avantageuse pour nous, je ne crains pas ce mot. Nous devons
attirer les ressources de main-d'oeuvre là où notre pays en a besoin, et ne
pas permettre à n'importe qui de s'installer n'importe où dans notre pays.
J'ai donné une instruction correspondante au gouvernement, nous tenterons de
faire voter une loi correspondante par le parlement. Malheureusement, je dois
rappeler une nouvelle fois que cette question est trop politisée chez nous. Une
partie des députés continuent d'insister sur le fait que tous les citoyens de
l'ex-URSS sont en même temps les citoyens de Russie, donc, ils ont le droit à
tout. Mais je pense que le temps où nous avons aidé tous les réfugiés est déjà
révolu. Ceux qui voulaient venir chez nous l'ont déjà fait et ceux qui
voulaient rester dans les ex-républiques, restent y vivre, à quelques rares
exceptions.
De ce fait, au lieu de peaufiner la Loi sur les réfugiés nous devons élaborer
une législation de migration normale et avantageuse pour la Russie. C'est ce
que nous allons faire.
QUESTION: Quelle est votre attitude envers les musulmans?
Vladimir POUTINE: Il faut dire que la Russie est un endroit exceptionnel sur
la planète où l'islam et le christianisme coexistent harmonieusement depuis
des siècles, il n'y a pas d'autre endroit pareil sur le globe. Il n'y a pas
d'autre endroit où les musulmans et les chrétiens non seulement coexistent,
mais aussi vivent en harmonie, et nous devons y tenir beaucoup.
Je voudrais attirer également votre attention sur le fait que la majeure
partie de nos chrétiens sont orthodoxes: c'est le christianisme de l'Est, nous
avons même beaucoup de points communs avec l'islam.
Pendant la visite d'Etat effectuée dans notre pays par le président
d'Egypte, j'ai commencé à lui expliquer divers épisodes bibliques peints sur
les murs de la salle de réceptions, en lui disant: "Excusez-moi, mais,
malheureusement, notre salle de réceptions évoque les épisodes de la
Bible". Il m'a dit: "Tu n'as pas besoin de me les raconter, le Coran
parle de tout cela". Et il a commenté les peintures ornant les murs du
Kremlin. Autrement dit, l'islam est une religion mondiale, cette religion existe
traditionnellement en Russie, elle mérite le soutien de l'Etat. Nous
continuerons à agir en ce sens. Je suis sûr que, si nous accordons notre
attention à votre activité, c'est-à-dire à la formation de cadres, nous
travaillerons sans aucun doute en vue d'assurer la cohésion et l'unité de
notre Etat, de nos peuples.
QUESTION: La Russie était, durant l'histoire, un pays agricole. Est-il prévu
de rétablir l'agriculture en la portant au niveau de fournisseur mondial de
produits agricoles grâce au développement des fermes dans notre pays? C'est
notre niche historique.
Vladimir POUTINE: Comme je l'ai déjà dit, dans l'ensemble, les paysans ont
bien travaillé cette année, la production agricole du pays s'est accrue de 6
%, en dépassant la production industrielle. De bons taux d'accroissement ont été
enregistrés dans la récolte de céréales. Je tiens à répéter ces chiffres:
il y a trois ans, 48 millions de tonnes, il y a deux ans, 50 à 55, l'année
dernière, 64,5, à présent, 83,7 millions de tonnes. Mais là n'est pas
l'essentiel. Selon les experts, il faut le vérifier, mais le rendement actuel
à l'hectare est le plus grand de toute l'histoire de la Russie.
Je dois dire que ces résultats ont été atteints non seulement grâce aux
bonnes conditions atmosphériques, bien que cela soit aussi très important pour
l'agriculture. Cette année, la politique du gouvernement était plus
raisonnable, ce qui s'est traduit par plusieurs décisions d'ordre
administratif, par l'approvisionnement opportun de la campagne en carburant et
en lubrifiants pendant les semailles et la moisson, ainsi que, ce qui est très
important, par l'accès plus simple aux crédits. Si vous n'êtes pas au
courant, je peux vous informer de la règle introduite cette année, selon
laquelle les entreprises agricoles rentables qui ont remboursé les crédits à
la banque ont bénéficié de l'aide de l'Etat qui a assumé une partie du taux
du crédit. C'était le subventionnement direct des entreprises agricoles. Tout
cela ensemble a permis d'atteindre ce résultat positif.
Cette année, pour la première fois depuis des années, nous avons eu le
potentiel de l'exportation d'environ cinq millions de tonnes. Si nous continuons
à travailler ainsi, je suis certain que la Russie pourra occuper la place qui
lui revient de l'exportatrice de produits alimentaires. Je tiens à répéter
que nous poursuivrons la tendance à l'extension des labours observée cette année.
Elle était considérable cette année.
Bref, je voudrais tranquilliser les paysans également du point de vue de nos
plans d'adhésion à l'OMC. Sans freiner le développement de notre agriculture,
au contraire, cela nous aidera, peut-être, d'accéder aux marchés des produits
alimentaires.
QUESTION: Ces derniers mois, nous étions témoins du rapprochement entre les
deux grandes puissances: la Russie et les Etats-Unis d'Amérique. Nous nous
aidons réciproquement dans la lutte contre le terrorisme international.
Dites, s'il vous plaît, quel est, à votre avis, l'avenir de nos rapports
avec Washington, ne seront-ils pas affectés par le retrait unilatéral des
Etats-Unis du Traité ABM?
Vladimir POUTINE: Andréï, vous avez posé une question importante, parce
que, tout d'abord, les Etats-Unis sont l'une des grandes puissances du monde et
notre premier partenaire économique et commercial. Le chiffre d'affaires de nos
échanges commerciaux a une importance particulière pour nous. C'est un
partenaire numéro un pour nous. Ensuite vient l'Allemagne, puis l'Ukraine. Je
m'excuse, d'abord l'Allemagne, ensuite l'Ukraine et les Etats-Unis.
Je tiens à vous assurer que la Russie ne fera rien de ce qui pourrait
assombrir nos rapports. Mais je tiens aussi à attirer votre attention sur notre
intention de défendre nos intérêts nationaux. D'ailleurs, je dois dire que
cet intéressement est également observé, à mon avis, de la part des
dirigeants des Etats-Unis. Nous ne saluons pas leur retrait du Traité de 1972
sur la défense antimissile, nous estimons que c'est une erreur. Je l'ai souligné
dans ma déclaration officielle. Mais je voudrais ajouter ce qui suit.
A mon avis, cette décision - les dirigeants des Etats-Unis le savent mieux,
quant à moi, j'exprime mon opinion - ne concerne pas seulement la Russie. A mon
avis, il s'agit, dans une certaine mesure, d'un nouveau positionnement des
Etats-Unis dans le monde. C'est une nouvelle étape de changement de la qualité
de la politique extérieure des Etats-Unis, l'abandon des ententes reflétées
dans les accords et les traités internationaux. Dans l'ensemble, le retrait des
Etats-Unis ne peut pas influer sur nos rapports, parce qu'il ne touche pas
directement et ne menace pas notre sécurité nationale. Mais la qualité des
futurs rapports dépend non seulement de la partie russe, mais aussi de la
partie américaine. Tout ce qui a été fait ces derniers temps nous inspire la
certitude que les rapports entre nos pays se développeront de façon positive.
QUESTION (ville de Kaliningrad) : Bien des bruits courent chez nous, comme
quoi, la région peut être vendue contre les dettes, car l'ancienne
administration aurait beaucoup emprunté auprès des banques allemandes. Se
peut-il que de tels bruits ne soient pas sans fondement ? Et on peut bien nous
vendre?
Vladimir POUTINE : C'est une chose absolument impossible, et il n'y est même
pas de quoi parler. Un tel point ne figure même pas à l'ordre du jour. Comment
une telle idée a pu venir ? En ce qui me concerne personnellement, j'en entends
parler pour la première fois.
Quoi qu'il en soit, des problèmes existent dans la région de Kaliningrad,
encore que ces problèmes puissent bien s'aggraver, vu la future adhésion de la
Lituanie et de la Pologne à la Communauté européenne. Alors, Kaliningrad
serait tout à fait une enclave, territoire qui serait entouré par les pays de
l'Union européenne (UE).
Je dois vous dire que nous menons un dialogue très actif aussi bien avec la
Lituanie qu'avec la Pologne. Nous venons de recevoir le Premier ministre de la
Pologne qui a été tout à fait de mon avis, tout d'ailleurs comme le Président
Aleksander Kwasniewski avec qui nous sommes en train d'établir de très bonnes
relations personnelles, que tout cela concernerait avant tout nos pays
respectifs, mais aussi l'Union européenne dans son ensemble. Nous oeuvrons à
ce que, d'ici 2004, ce problème, celui de la libre circulation des citoyens de
la Fédération de Russie, résidant à Kaliningrad, soit réglé et ce, en
commun avec l'Union européenne et nos voisins. A ces fins, un groupe de travail
sera formé pour que nous puissions résoudre ce problème, que ce soit sur une
base bilatérale ou multilatérale, soit avec l'Union européenne, et j'espère
bien que nous y arriverons finalement.
Mais à part cela, d'autres problèmes, non moins importants, existent à
Kaliningrad. C'est avant tout l'état actuel de l'économie et du niveau de vie
de la population. C'est un sujet à part, un sujet très important, et je ne
veux pas maintenant y entrer dans le détail. Néanmoins, je vous assure que
cela n'échappe guère à notre attention.
QUESTION (hameau de Kazatchi-Malevany): A qui bon vendre les terres arables
du Kouban? Nous autres, nous ne sommes pas à même d'en acheter. Nous labourons
cette terre, mais nous ne pourrons jamais en acheter. Or, nous ne voulons pas
que ces terres s'achètent par des oligarques, des richards ou des intrus étrangers.
Vladimir POUTINE : Il est évident que le problème de la terre a toujours été
des plus graves en Russie et il le reste de nos jours. Et tout comme vous, je ne
le tiens pas du tout à ce que ce problème soit résolu d'une manière qui ne
corresponde pas aux intérêts du peuple de la Russie, en général, et de tous
ceux qui habitent le Kouban, en particulier.
Voilà ce que je voudrais vous dire et vous rappeler.
Tout d'abord, je dois vous dire qu'il est fort peu probable que quelqu'un
vienne, prenne notre terre dans son sac et l'emporte. De toute façon, je me
l'imagine difficilement. Et ensuite, vous n'ignorez, certes, pas que même en ce
qui concerne la libéralisation, disons, de l'économie, je ne parle pas
maintenant de l'agriculture, mais de l'industrie, nous n'arrivons toujours pas
à obtenir un niveau d'investissements acceptable, celui dont nous avons besoin,
dans l'économie russe depuis l'étranger.
Nous n'avons accumulé jusqu'ici que pour 30 milliards des investissements
directs privés depuis l'étranger. C'est pratiquement deux fois rien pour l'économie
de la Russie. A présent, rien qu'à Sakhaline, la compagnie américaine
"Shell Mobil" se propose d'investir jusqu'à 30 milliards. 12 à 15
milliards en seront des investissements directes, et somme toute, il s'agira bel
et bien de 30 milliards. Et on n'en a accumulé que 30 en dix ans. Vous voyez la
différence? Pensez-vous, donc, que, tout de suite, des foules accourent pour
acheter notre terre, pour y investir. Mais si l'on y investit quand même - Dieu
merci, nous pourrions alors du moins y percevoir des impôts.
Or, le problème n'est pas là. C'est qu'au milieu des années 90, a été
adoptée toute une série de décrets du Président, du premier Président de la
Russie, qui a, de fait, légalisé la privatisation des terres, en général, et
des terres arables, d'agriculture, en particulier. Je vous dis que 63% des
terres arables de la Russie sont d'ores et déjà privatisés. Encore que ces
privatisations aient été effectuées de façon parfaitement barbare, car les décrets,
dont je vous ai parlé, avaient été signés, tout en ouvrant les portes aux
privatisations sans que personne n'ait élaboré une procédure nécessaire pour
privatiser les terres, sans que nul ait mis au point des normes législatives en
la matière. Prenons le Code foncier, code des lois sur terre, qui vient d'être
adopté. Il porte, essentiellement, sur les terres industrielles, terres occupées
par les ouvrages industriels. Mais il ne s'agit là que de 2% de toutes les
terres de la Russie. Or, ce même Code, je veux vous dire, et je ne pense pas
que vous le sachiez, ce même Code interdit formellement les privatisations des
terres arables. Autrement dit, les privatisations des terres agricoles sont
interdites tant que la procédure de privatisations ne sera stipulée dans une
loi.
Mais avons-nous besoin ou non d'une telle procédure, c'est déjà une
question à part que nous pouvons et devons même trancher uniquement dans un
dialogue avec la population et avant tout avec la population rurale.
En tout état de cause, le processus même de privatisations ne doit susciter
aucunes craintes. Mais il est d'autres problèmes, dont je vais vous parler.
Vous n'ignorez sans doute pas que la propriété foncière n'est nulle part
absolue dans le monde. Prenons n'importe quel pays d'Europe Occidentale. La
propriété foncière y est compliquée par bon nombre de conditions à remplir.
Ainsi, on ne peut pas changer de destination des terres achetées pendant
plusieurs années, trois, quatre, cinq, et nous pouvons stipuler dix ans. C'est
une chose.
Ensuite. L'Etat a toujours le droit de la première main. C'est-à-dire, si
un propriétaire revend la terre, l'Etat est en droit de la racheter à titre
prioritaire.
Et ensuite. D'autres restrictions sont introduites même pour utiliser les
terres agricoles. Prenons, par exemple, les forêts. Si je ne me trompe pas, en
Allemagne, il est une règle qui se résume comme suit : même un propriétaire
privé d'une forêt n'est pas en droit d'y couper un seul arbre sans
autorisation des autorités publiques intéressées.
En ce qui nous concerne, notre problème est ailleurs. C'est que ces mêmes
autorités publiques sont, malheureusement, chez nous, veules, alors que l'Etat
se trouve affaibli. De ce fait, notre Etat n'est tout simplement pas à même de
garantir la mise en application des décisions qui sont formellement stipulées
par la loi. C'est justement pourquoi j'ai toujours insisté sur la nécessité
de renforcer le pouvoir vertical, de renforcer l'Etat et ainsi de suite. Et
quand l'Etat se renforcera, comme il se doit, d'une part, et que, de l'autre,
nous trouverons ensemble la bonne variante pour décider du sort des terres
arables, variante qui soit acceptable pour tous ceux qui travaillent à la
campagne, c'est seulement alors que nous nous approcherons de près de la
solution de ce problème.
QUESTION : L'année qui vient est plutôt symétrique : 20-02, 2002. On dit,
normalement, qu'un tel chiffre symétrique porte bonheur. L'année 2002,
sera-t-elle heureuse pour le pays ?
Vladimir POUTINE : Je pense que si l'on y répond en général, notre tâche
consistera à garder tout ce positif que nous avons obtenu au cours de l'année
qui s'en va. Ces tendances positives doivent être confirmées avant tout dans
l'économie. Il nous faudra aussi intensifier la mise en application de nos
plans à moyen terme, comme je l'ai déjà dit. Nous nous devons de faire en
sorte que les lois, adoptées cette année, se mettent à fonctionner et se
montrent efficaces. L'une de mes connaissances a dit : au dernier siècle, la
Russie a complètement rempli son plan pour révolutions. J'espère qu'au 21-ème
siècle, il n'y aura plus de révolutions, mais seulement, la progression
positive et sure de notre pays, son mouvement de l'avant. Et si, l'année
prochaine, nous faisons un progrès modeste, mais bien net dans le sens de l'élévation
du niveau de vie de la population, j'estimerai que la tâche de l'année 2002
sera remplie