inde pakistan 12jun1

france 2

DOSSIER / 12/06/02
F2
»Inde-Pakistan:l'épine du Cachemire

Le Cachemire est au coeur des relations très tendues entre l'Inde et le Pakistan. Retour sur un conflit vieux de 55 ans.

Une désescalade semble enclenchée entre les 2 pays. L'Inde a annoncé la levée de l'interdiction de survol de son territoire et constate une baisse des incursions de combattants islamistes au Cachemire.

Mais la tension n'a pas disparu. Les bombardements se poursuivaient mardi matin, selon des sources concordantes.

-------------------------

Une sentinelle indienne à Poonch, en juin 2001. La localité, située au Cachemire, a été le lieu d'affrontements violents ces derniers jours. - (AFP - Rajneesh Parihan) Selon des responsables pakistanais, 6 personnes, dont 4 membres d'une même famille, ont été tuées au Cachemire pakistanais dans la nuit de lundi à mardi lors de duels d'artillerie.

Pour autant, la décision indienne de lever les sanctions aériennes contre le Pakistan est le premier geste d'apaisement après 4 semaines de menaces et d'invectives qui risquaient d'entraîner une guerre entre les 2 puissances nucléaires.

Dernière preuve de cette désescalade: la marine indienne est en train de retirer des navires de guerre déployés le mois dernier près des côtes pakistanaises, dans un geste supplémentaire visant à faire baisser la tension entre les deux pays, a-t-on appris auprès du ministère indien de la Défense. L'Inde s'apprête également à nommer un nouvel ambassadeur à Islamabad, selon une source au ministère des Affaires étrangères à New Delhi. Il s'agit de remplacer celui qui avait été rappelé en décembre après l'attaque suicide contre le parlement indien, attribuée par New Delhi à un commando islamiste venu du Pakistan.

Washington avait fait état, vendredi dernier, d'une baisse "significative" des incursions de militants islamistes au Cachemire indien. New Delhi en a pris acte pour la première fois lundi. Cette réduction des infiltrations est la principale mesure exigée du Pakistan par New Delhi en vue d'une désescalade militaire entre les 2 pays. De leur côté, les responsables occidentaux semblent accorder un certain crédit aux engagements renouvelés d'Islamabad de mettre fin à ces attaques.

La vérification sur le terrain de l'engagement pakistanais représente désormais un véritable casse-tête pour la diplomatie internationale. Le Pakistan, qui cherche depuis le début à internationaliser la crise, exige le déploiement d'observateurs étrangers le long de la ligne de contrôle séparant les parties pakistanaise et indienne du Cachemire .

L'Inde rejette catégoriquement cette demande, affirmant, sur la base de l'accord indo-pakistanais de Simla (1972), que toutes les disputes, y compris celle du Cachemire, doivent être réglées au plan bilatéral.

Pour la vérification de l'arrêt des incursions, New Delhi pourrait accepter la création d'un groupe de travail indo-pakistanais, voire la mise en place de patrouilles mixtes. De leur côté, certains gouvernements occidentaux auraient offert des hélicoptères pour assurer une meilleure surveillance de la frontière, selon des diplomates.
-------------------------
Inde-Pakistan: tension, JT13h F2 (26/05/2002)
-------------------------
»L'attentat contre le Parlement indien
La tension entre l'Inde et le Pakistan a été relancée par un attentat, le 13 décembre dernier, contre le Parlement indien. Cet attentat, qui avait fait 14 morts (dont les 5 assaillants), est attribué par New Delhi à des militants islamistes venus du Pakistan. Militants qui, selon New Dehli, auraient agi pour le compte des services secrets d'Islamabad. Le président pakistanais, le général Pervez Musharraf, avait pourtant "condamné fermement" l'attaque du commando.

Cette tension était encore montée d'un cran après une opération rebelle, qui avait fait 35 morts le 14 mai au Cachemire indien. Une action que New Delhi avait aussi imputée à des combattants pro-pakistanais. Depuis près de six mois, environ un million de soldats sont massés de part et d'autre de la frontière indo-pakistanaise.
-------------------------
Inde parlement: JT 13H, F2 (13/12/01)
-------------------------
»La Cachemire, carte d'identité
DR Etat princier inclus dans l'empire britannique jusqu'à l'indépendance et la partition en 1947, le Cachemire a été divisé entre l'Inde (Etat du Jammu-et-Cachemire), qui en administre près des deux tiers, et le Pakistan l'autre tiers (l'Azad Cachemire, "Cachemire libre"). Il a déjà fait l'objet de 2 guerres entre les 2 pays.

GEOGRAPHIE: région du nord de l'Inde, dans les hautes régions de l'Himalaya occidental et du Karakoram, avec plusieurs sommets de 8000 m. La partie indienne s'étend sur 140.000 km2, la partie pakistanaise sur 73.000 km2.

POPULATION: environ 13 millions de personnes: 10 millions dans la partie indienne et 3 millions du côté pakistanais.

RELIGION: 64 % de musulmans dans la partie indienne et 100 % de musulmans, sunnites pour la plupart, du côté pakistanais.

LANGUE: surtout le cachemiri. La langue officielle est l'ourdou.

CAPITALES: au Jammu-et-Cachemire (indien), Srinagar. Au Cachemire pakistanais: Muzaffarabad.


-------------------------
»L'histoire du Cachemire
Soldat Indien en position sur la frontière indo-pakistanaise, au Cachemire - AFP / TAUSEEF MUSTAFA Terre hindoue et bouddhiste depuis le IIIème siècle avant J.C., le Cachemire se convertit majoritairement à l'islam au XIVème siècle et tombe sous la coupe des Moghols (XVIème siècle), des Afghans (XVIIIème), des Sikhs puis des Britanniques (XIXème).

Au début du XIXème siècle, le Sikh Gulab Singh fonde une dynastie de maharadjahs hindous qui, aux termes d'un traité avec les Britanniques en 1846, gouvernent de façon relativement autonome un territoire de 218.000 km2. Cet ensemble relativement hétérogène a pour coeur la vallée du Cachemire .

Le 15 août 1947, Inde et Pakistan deviennent officiellement indépendants après la partition de l'empire des Indes britanniques. Une partition qui se fait dans la violence et le sang: des massacres intercommunautaires entraînent la mort d'un million d'hindous et de musulmans. 7 millions de personnes se réfugient au Pakistan, 10 millions d'hindous et de sikhs partent pour l'Inde.

Dans le même temps, le maharadja hindou de l'Etat du Cachemire, Hari Singh, hésite sur la démarche à suivre. Il souhaite l'indépendance, hésite à intégrer son Etat dans la République indienne. Problème: il est rejeté par son peuple, à forte majorité musulmane. Celui-ci va se révolter, alors que des tribus pachtounes, soutenues par Islamabad, entrent dans le territoire. L'intervention de l'armée pakistanaise incite Hari Singh à choisir le rattachement à l'Inde en octobre 1947. Le Cachemire devient ainsi l'un des 26 Etats de l'Union indienne.

-------------------------
»Les guerres du Cachemire
Patrouille paramilitaire indienne à Srinagar (Cachemire) en mai 2002 - AFP - Tauseef Mustafa LA PREMIERE GUERRE
Le maharadja fait appel aux troupes de New Delhi qui saisissent ce prétexte pour occuper Srinagar, capitale de l'Etat. Le conflit s'achève en janvier 1949 par un cessez-le-feu, sous l'égide de l'ONU.

La région est alors divisée en 2 parties: 37% pour le Pakistan (l'Azad Cachemire) et 63% pour l'Inde (le Jammu-et-Cachemire, la région la plus prospère). Par la suite, "la Chine a acquis le contrôle de certaines parties du Cachemire soit par la guerre, aux dépens de l'Inde", soit par négociation avec le Pakistan, signale "La Croix".

Entre les 2 Cachemire, la ligne de contrôle devient, de fait, la frontière entre les 2 entités. Une résolution des Nations Unies, adoptée le 5 janvier 1949, prévoit la tenue d'un référendum d'autodétermination. Le référendum n'a jamais été organisé. L'Inde accuse le Pakistan de n'avoir pas respecté une des clauses de l'accord, en refusant de retirer ses troupes. Depuis, New Delhi affirme que le pacte de Simla entre les 2 pays (1972) a invalidé les textes de l'ONU.

LA SECONDE GUERRE
Le 5 août 1965 marque le début de la 2e guerre du Cachemire. Des commandos pakistanais engagent le combat avec les Indiens. Aucun des 2 adversaires ne marque un avantage décisif au cours de ce conflit de quelques mois. 5000 Indiens et 4000 Pakistanais y trouvent la mort.

La guerre prend fin après l'entrevue de Tachkent (ex-URSS) en janvier1966, du président pakistanais Ayub Khan et du Premier ministre indien Lal Bahadur Shastri, sous l'égide du Premier ministre soviétique Alexis Kossyguine. L'accord qui porte sur la renonciation aux actions militaires, ne résout pas le problème de fond.

En décembre 1971, un troisième conflit oppose les 2 pays ennemis. Mais cette fois, le Cachemire n'en est pas la cause. Il a pour origine une guerre de sécession au Pakistan oriental. Islamabad réagit par une répression vigoureuse. Les troupes de New Dehli envahissent la région et, après une brève campagne, écrasent les forces pakistanaises. Le Bengladesh proclame son indépendance.

GUERRE D'USURE
En 1989, des séparatistes musulmans, soutenus par les Pakistanais, selon New Delhi, commencent une guerre d'usure contre les forces indiennes au Cachemire. On estime qu'en 13 ans, celle-ci a tué des dizaines de milliers de civils (entre 12.000 et 50.000, selon des sources citées par "Le Monde"). Selon le "Financial Times", cité par "Courrier International", le Pakistan a renforcé depuis 4 ou 5 ans "son soutien aux mouvements de 'libération du Cachemire', de plus en plus islamistes".

En 1999, une troisième guerre est évitée de justesse. Les armées indienne et pakistanaise s'affrontent brièvement sur les hauteurs de Kargil. Combats qui font plus de 1000 morts de part et d'autre.

ATTENTAT
Le 13 décembre, un attentat est commis contre le Parlement indien. New Delhi l'attribue aux militants islamistes venus du Pakistan, en particulier à 2 mouvements basés en territoire pakistanais, Jaish-i-Mohammed et Lashkar-i-Taïba.
-------------------------
Historique Cachemire JT20h F2 (03/06/02)
-------------------------
»L'impact du 11 septembre
F2 Les attentats du 11 septembre 2001 à New York et l'attaque contre le Parlement indien ont modifié la donne au Cachemire, avec l'entrée en scène des Etats-Unis. Ceux-ci déclarent alors la guerre au "terrorisme international" et interviennent en Afghanistan, pays limitrophe du Cachemire.

Les Américains inscrivent sur leur liste des "organisations terroristes" les 2 mouvements auxquels l'Inde attribue l'attaque contre son Parlement. Dans le même temps, ils accroissent leurs pressions sur le président pakistanais Moucharraf pour qu'il réprime les mouvements islamistes cachemiris. Ce dernier décide leur mise à l'index et envoie en prison 2000 de leurs militants. "Reste à savoir s'il est en mesure de faire appliquer cette politique aux échelons inférieurs de son armée et des services secrets pakistanais", estime "La Croix". Des services secrets, l'ISI, très puissants qui sont soupçonnés d'avoir été d'actifs soutiens des talibans pakistanais. Moucharraf doit aussi tenir compte de son peuple, très sensible aux thèses islamistes.

Sur place, au Cachemire, des groupes islamiques continuent à se battre pour le rattachement de la région au Pakistan. Venus de ce pays, "d'autres mouvements, terroristes cette fois, mènent des opérations d'infiltration en territoire indien", explique "La Croix".

A ces groupes, s'ajouteraient, depuis le 11 septembre, les talibans afghans et des membres d'Al Qaïda réfugiés dans le nord du Pakistan, affirme-t-on côté indien. Selon les services de renseignement indiens, certains activistes de Ben Laden se trouveraient le long de la ligne de contrôle entre l'Inde et le Pakistan au Cachemire. New Delhi aurait obtenu des informations selon lesquelles certains "membres du réseau Al Qaïda et des talibans préparent d'importantes opérations terroristes", affirmait mardi le quotidien indien "Business Standard".


-------------------------
»Le "bourbier" cachemiri
Des militaires indiens à Srinagar, capitale du Cachemire - AFP - Tauseef Mustafa "Les gens croient que le Cachemire est un conflit plus ou moins classique avec, d'un côté, l'armée indienne et, de l'autre, les séparatistes armés", explique dans "Libération" un avocat et militant des droits de l'homme à Srinagar, capitale du Cachemire indien. "Mais, en réalité, nous sommes dans un véritable bourbier, où il est quasiment impossible de savoir qui est qui et qui fait quoi. La seule certitude, c'est que tout le monde viole allègrement les droits de l'homme et que c'est la population civile qui en subit les conséquences".

En 1989, des mouvements indépendantistes autochtones déclenchent une insurrection contre l'Inde. Mais ils vont être en grande partie décimés par des groupes propakistanais qui veulent rattacher le Cachemire à l'Inde. Incapable de mater la rébellion, l'armée indienne a "tendance à ratisser large pour parvenir à ses fins", rapporte l'envoyé spécial de "Libé", Pierre Prakash. Conséquence: 4000 personnes auraient "disparu" en 12 ans. Les exactions de l'armée, très médiatisées il y a une dizaine d'années, auraient diminué sous la pression internationale.

Des exactions touchent aussi la minorité hindoue. Les groupes musulmans les plus extrémistes mènent ainsi une "épuration religieuse", selon "Libération". Objectif: faire du Cachemire "une terre exclusivement musulmane". Les mêmes n'hésitent pas à s'attaquer aux musulmans qui refusent de combattre à leurs côtés.
-------------------------
»Les forces en présence
Une sentinelle indienne à Poonch, en juin 2001. La localité, située au Cachemire, a été le lieu d'affrontements violents ces derniers jours. - (AFP - Rajneesh Parihan) L'armée indienne compte 1,260 million d'hommes (et 535.000 réservistes). Elle possède 3400 blindés, près de 900 avions, 27 navires de surface et 16 sous-marins.

L'armée pakistanaise compte 620.000 hommes (et 513.000 réservistes). Elle possède 2300 blindés, près de 550 avions. 8 navires de surface et 10 sous-marins.

Par ailleurs, les deux pays possèdent chacun des armes nucléaires. Selon les Américains, l'Inde aurait entre 50 et 100 armes de ce type avec une puissance de 10 kilotonnes, le Pakistan entre 25 et 50 avec une puissance de 20 kilotonnes. La bombe qui a ravagé Hiroshima en 1945 faisait environ 14 kilotonnes. En cas d'un conflit atomique, le nombre de tués "serait compris entre 9 et 12 millions", celui des blessés "entre 2 et 6 millions" à court terme, selon le Pentagone.

Les 2 pays n'ont pas exclu le recours à leurs arsenaux nucléaires. Des menaces prises très au sérieux à Washington. Plusieurs responsables américains s'inquiètent ainsi en privé de voir que les dirigeants indiens et pakistanais ne semblent pas avoir totalement saisi l'impact d'une utilisation de leurs équipements atomiques. "Ils semblent croire qu'ils pourraient survivre à une guerre nucléaire 'limitée'", ajoutent les mêmes.


(Source: "Le Figaro")
-------------------------
»Politique et stratégie
F2 COTE INDIEN
Au moment de l'indépendance, en 1947, il était vital, pour New Delhi "que le Cachemire, le seul Etat à majorité musulmane, soit rattaché à l'Inde", rapporte le "Financial Times" cité par "Courrier International". Le gouverment indien d'alors "considérait cet Etat comme un moyen d'éprouver la capacité de son pays, avec sa pléthore de langues et de religions, à demeurer un Etat séculier et démocratique". Pour les actuels dirigeants, la perte du Cachemire risquerait "d'enflammer les mouvements sécessionistes latents".

COTE PAKISTANAIS
Le Cachemire est "une des clefs de la cohésion nationale", analyse le "Financial Times". Sans les cols montagneux stratégiques de la région, "Islamabad serait, dans cette région, directement exposé à l'Inde. Et sans le Cachemire, les minorités ethniques du Pakistan continueraient à se sentir dominés par les Pendjabis, qui représentent 60 % de la population du pays".