|
|
 |
|
 |
Selon des responsables pakistanais, 6 personnes, dont 4 membres
d'une même famille, ont été tuées au Cachemire pakistanais
dans la nuit de lundi à mardi lors de duels d'artillerie.
Pour autant, la décision indienne de lever les sanctions aériennes
contre le Pakistan est le premier geste d'apaisement après 4
semaines de menaces et d'invectives qui risquaient d'entraîner
une guerre entre les 2 puissances nucléaires.
Dernière preuve de cette désescalade: la marine indienne est en
train de retirer des navires de guerre déployés le mois dernier
près des côtes pakistanaises, dans un geste supplémentaire
visant à faire baisser la tension entre les deux pays, a-t-on
appris auprès du ministère indien de la Défense. L'Inde s'apprête
également à nommer un nouvel ambassadeur à Islamabad, selon une
source au ministère des Affaires étrangères à New Delhi. Il
s'agit de remplacer celui qui avait été rappelé en décembre
après l'attaque suicide contre le parlement indien, attribuée
par New Delhi à un commando islamiste venu du Pakistan.
Washington avait fait état, vendredi dernier, d'une baisse
"significative" des incursions de militants islamistes
au Cachemire indien. New Delhi en a pris acte pour la première
fois lundi. Cette réduction des infiltrations est la principale
mesure exigée du Pakistan par New Delhi en vue d'une désescalade
militaire entre les 2 pays. De leur côté, les responsables
occidentaux semblent accorder un certain crédit aux engagements
renouvelés d'Islamabad de mettre fin à ces attaques.
La vérification sur le terrain de l'engagement pakistanais représente
désormais un véritable casse-tête pour la diplomatie
internationale. Le Pakistan, qui cherche depuis le début à
internationaliser la crise, exige le déploiement d'observateurs
étrangers le long de la ligne de contrôle séparant les parties
pakistanaise et indienne du Cachemire .
L'Inde rejette catégoriquement cette demande, affirmant, sur la
base de l'accord indo-pakistanais de Simla (1972), que toutes les
disputes, y compris celle du Cachemire, doivent être réglées au
plan bilatéral.
Pour la vérification de l'arrêt des incursions, New Delhi
pourrait accepter la création d'un groupe de travail
indo-pakistanais, voire la mise en place de patrouilles mixtes. De
leur côté, certains gouvernements occidentaux auraient offert
des hélicoptères pour assurer une meilleure surveillance de la
frontière, selon des diplomates. |
| ------------------------- |
| ------------------------- |
 |
 |
 |
| »L'attentat contre le
Parlement indien |
 |
|
 |
La tension entre l'Inde et le Pakistan a été
relancée par un attentat, le 13 décembre dernier, contre le
Parlement indien. Cet attentat, qui avait fait 14 morts (dont les
5 assaillants), est attribué par New Delhi à des militants
islamistes venus du Pakistan. Militants qui, selon New Dehli,
auraient agi pour le compte des services secrets d'Islamabad. Le
président pakistanais, le général Pervez Musharraf, avait
pourtant "condamné fermement" l'attaque du commando.
Cette tension était encore montée d'un cran après une opération
rebelle, qui avait fait 35 morts le 14 mai au Cachemire indien.
Une action que New Delhi avait aussi imputée à des combattants
pro-pakistanais. Depuis près de six mois, environ un million de
soldats sont massés de part et d'autre de la frontière
indo-pakistanaise. |
| ------------------------- |
| ------------------------- |
 |
 |
 |
| »La Cachemire, carte
d'identité |
 |
|
 |
Etat princier inclus dans l'empire britannique jusqu'à l'indépendance
et la partition en 1947, le Cachemire a été divisé entre l'Inde
(Etat du Jammu-et-Cachemire), qui en administre près des deux
tiers, et le Pakistan l'autre tiers (l'Azad Cachemire,
"Cachemire libre"). Il a déjà fait l'objet de 2
guerres entre les 2 pays.
GEOGRAPHIE: région du nord de l'Inde, dans les hautes régions de
l'Himalaya occidental et du Karakoram, avec plusieurs sommets de
8000 m. La partie indienne s'étend sur 140.000 km2, la partie
pakistanaise sur 73.000 km2.
POPULATION: environ 13 millions de personnes: 10 millions dans la
partie indienne et 3 millions du côté pakistanais.
RELIGION: 64 % de musulmans dans la partie indienne et 100 % de
musulmans, sunnites pour la plupart, du côté pakistanais.
LANGUE: surtout le cachemiri. La langue officielle est l'ourdou.
CAPITALES: au Jammu-et-Cachemire (indien), Srinagar. Au Cachemire
pakistanais: Muzaffarabad.
|
| ------------------------- |
| »L'histoire du
Cachemire |
 |
|
 |
Terre hindoue et bouddhiste depuis le IIIème siècle avant J.C.,
le Cachemire se convertit majoritairement à l'islam au XIVème siècle
et tombe sous la coupe des Moghols (XVIème siècle), des Afghans
(XVIIIème), des Sikhs puis des Britanniques (XIXème).
Au début du XIXème siècle, le Sikh Gulab Singh fonde une
dynastie de maharadjahs hindous qui, aux termes d'un traité avec
les Britanniques en 1846, gouvernent de façon relativement
autonome un territoire de 218.000 km2. Cet ensemble relativement hétérogène
a pour coeur la vallée du Cachemire .
Le 15 août 1947, Inde et Pakistan deviennent officiellement indépendants
après la partition de l'empire des Indes britanniques. Une
partition qui se fait dans la violence et le sang: des massacres
intercommunautaires entraînent la mort d'un million d'hindous et
de musulmans. 7 millions de personnes se réfugient au Pakistan,
10 millions d'hindous et de sikhs partent pour l'Inde.
Dans le même temps, le maharadja hindou de l'Etat du Cachemire,
Hari Singh, hésite sur la démarche à suivre. Il souhaite l'indépendance,
hésite à intégrer son Etat dans la République indienne. Problème:
il est rejeté par son peuple, à forte majorité musulmane.
Celui-ci va se révolter, alors que des tribus pachtounes,
soutenues par Islamabad, entrent dans le territoire.
L'intervention de l'armée pakistanaise incite Hari Singh à
choisir le rattachement à l'Inde en octobre 1947. Le Cachemire
devient ainsi l'un des 26 Etats de l'Union indienne.
|
| ------------------------- |
| »Les guerres du
Cachemire |
 |
|
 |
LA PREMIERE GUERRE
Le maharadja fait appel aux troupes de New Delhi qui saisissent ce
prétexte pour occuper Srinagar, capitale de l'Etat. Le conflit
s'achève en janvier 1949 par un cessez-le-feu, sous l'égide de
l'ONU.
La région est alors divisée en 2 parties: 37% pour le Pakistan
(l'Azad Cachemire) et 63% pour l'Inde (le Jammu-et-Cachemire, la région
la plus prospère). Par la suite, "la Chine a acquis le contrôle
de certaines parties du Cachemire soit par la guerre, aux dépens
de l'Inde", soit par négociation avec le Pakistan, signale
"La Croix".
Entre les 2 Cachemire, la ligne de contrôle devient, de fait, la
frontière entre les 2 entités. Une résolution des Nations
Unies, adoptée le 5 janvier 1949, prévoit la tenue d'un référendum
d'autodétermination. Le référendum n'a jamais été organisé.
L'Inde accuse le Pakistan de n'avoir pas respecté une des clauses
de l'accord, en refusant de retirer ses troupes. Depuis, New Delhi
affirme que le pacte de Simla entre les 2 pays (1972) a invalidé
les textes de l'ONU.
LA SECONDE GUERRE
Le 5 août 1965 marque le début de la 2e guerre du Cachemire. Des
commandos pakistanais engagent le combat avec les Indiens. Aucun
des 2 adversaires ne marque un avantage décisif au cours de ce
conflit de quelques mois. 5000 Indiens et 4000 Pakistanais y
trouvent la mort.
La guerre prend fin après l'entrevue de Tachkent (ex-URSS) en
janvier1966, du président pakistanais Ayub Khan et du Premier
ministre indien Lal Bahadur Shastri, sous l'égide du Premier
ministre soviétique Alexis Kossyguine. L'accord qui porte sur la
renonciation aux actions militaires, ne résout pas le problème
de fond.
En décembre 1971, un troisième conflit oppose les 2 pays
ennemis. Mais cette fois, le Cachemire n'en est pas la cause. Il a
pour origine une guerre de sécession au Pakistan oriental.
Islamabad réagit par une répression vigoureuse. Les troupes de
New Dehli envahissent la région et, après une brève campagne,
écrasent les forces pakistanaises. Le Bengladesh proclame son indépendance.
GUERRE D'USURE
En 1989, des séparatistes musulmans, soutenus par les
Pakistanais, selon New Delhi, commencent une guerre d'usure contre
les forces indiennes au Cachemire. On estime qu'en 13 ans,
celle-ci a tué des dizaines de milliers de civils (entre 12.000
et 50.000, selon des sources citées par "Le Monde").
Selon le "Financial Times", cité par "Courrier
International", le Pakistan a renforcé depuis 4 ou 5 ans
"son soutien aux mouvements de 'libération du Cachemire', de
plus en plus islamistes".
En 1999, une troisième guerre est évitée de justesse. Les armées
indienne et pakistanaise s'affrontent brièvement sur les hauteurs
de Kargil. Combats qui font plus de 1000 morts de part et d'autre.
ATTENTAT
Le 13 décembre, un attentat est commis contre le Parlement
indien. New Delhi l'attribue aux militants islamistes venus du
Pakistan, en particulier à 2 mouvements basés en territoire
pakistanais, Jaish-i-Mohammed et Lashkar-i-Taïba.
|
| ------------------------- |
| ------------------------- |
 |
 |
 |
| »L'impact du 11
septembre |
 |
|
 |
Les attentats du 11 septembre 2001 à New York et l'attaque contre
le Parlement indien ont modifié la donne au Cachemire, avec
l'entrée en scène des Etats-Unis. Ceux-ci déclarent alors la
guerre au "terrorisme international" et interviennent en
Afghanistan, pays limitrophe du Cachemire.
Les Américains inscrivent sur leur liste des "organisations
terroristes" les 2 mouvements auxquels l'Inde attribue
l'attaque contre son Parlement. Dans le même temps, ils
accroissent leurs pressions sur le président pakistanais
Moucharraf pour qu'il réprime les mouvements islamistes
cachemiris. Ce dernier décide leur mise à l'index et envoie en
prison 2000 de leurs militants. "Reste à savoir s'il est en
mesure de faire appliquer cette politique aux échelons inférieurs
de son armée et des services secrets pakistanais", estime
"La Croix". Des services secrets, l'ISI, très puissants
qui sont soupçonnés d'avoir été d'actifs soutiens des talibans
pakistanais. Moucharraf doit aussi tenir compte de son peuple, très
sensible aux thèses islamistes.
Sur place, au Cachemire, des groupes islamiques continuent à se
battre pour le rattachement de la région au Pakistan. Venus de ce
pays, "d'autres mouvements, terroristes cette fois, mènent
des opérations d'infiltration en territoire indien",
explique "La Croix".
A ces groupes, s'ajouteraient, depuis le 11 septembre, les
talibans afghans et des membres d'Al Qaïda réfugiés dans le
nord du Pakistan, affirme-t-on côté indien. Selon les services
de renseignement indiens, certains activistes de Ben Laden se
trouveraient le long de la ligne de contrôle entre l'Inde et le
Pakistan au Cachemire. New Delhi aurait obtenu des informations
selon lesquelles certains "membres du réseau Al Qaïda et
des talibans préparent d'importantes opérations
terroristes", affirmait mardi le quotidien indien
"Business Standard".
|
| ------------------------- |
| »Le
"bourbier" cachemiri |
 |
|
 |
"Les gens croient que le Cachemire est un conflit plus ou
moins classique avec, d'un côté, l'armée indienne et, de
l'autre, les séparatistes armés", explique dans "Libération"
un avocat et militant des droits de l'homme à Srinagar, capitale
du Cachemire indien. "Mais, en réalité, nous sommes dans un
véritable bourbier, où il est quasiment impossible de savoir qui
est qui et qui fait quoi. La seule certitude, c'est que tout le
monde viole allègrement les droits de l'homme et que c'est la
population civile qui en subit les conséquences".
En 1989, des mouvements indépendantistes autochtones déclenchent
une insurrection contre l'Inde. Mais ils vont être en grande
partie décimés par des groupes propakistanais qui veulent
rattacher le Cachemire à l'Inde. Incapable de mater la rébellion,
l'armée indienne a "tendance à ratisser large pour parvenir
à ses fins", rapporte l'envoyé spécial de "Libé",
Pierre Prakash. Conséquence: 4000 personnes auraient
"disparu" en 12 ans. Les exactions de l'armée, très médiatisées
il y a une dizaine d'années, auraient diminué sous la pression
internationale.
Des exactions touchent aussi la minorité hindoue. Les groupes
musulmans les plus extrémistes mènent ainsi une "épuration
religieuse", selon "Libération". Objectif: faire
du Cachemire "une terre exclusivement musulmane". Les mêmes
n'hésitent pas à s'attaquer aux musulmans qui refusent de
combattre à leurs côtés. |
| ------------------------- |
| »Les forces en présence |
 |
|
 |
L'armée indienne compte 1,260 million d'hommes (et 535.000 réservistes).
Elle possède 3400 blindés, près de 900 avions, 27 navires de
surface et 16 sous-marins.
L'armée pakistanaise compte 620.000 hommes (et 513.000 réservistes).
Elle possède 2300 blindés, près de 550 avions. 8 navires de
surface et 10 sous-marins.
Par ailleurs, les deux pays possèdent chacun des armes nucléaires.
Selon les Américains, l'Inde aurait entre 50 et 100 armes de ce
type avec une puissance de 10 kilotonnes, le Pakistan entre 25 et
50 avec une puissance de 20 kilotonnes. La bombe qui a ravagé
Hiroshima en 1945 faisait environ 14 kilotonnes. En cas d'un
conflit atomique, le nombre de tués "serait compris entre 9
et 12 millions", celui des blessés "entre 2 et 6
millions" à court terme, selon le Pentagone.
Les 2 pays n'ont pas exclu le recours à leurs arsenaux nucléaires.
Des menaces prises très au sérieux à Washington. Plusieurs
responsables américains s'inquiètent ainsi en privé de voir que
les dirigeants indiens et pakistanais ne semblent pas avoir
totalement saisi l'impact d'une utilisation de leurs équipements
atomiques. "Ils semblent croire qu'ils pourraient survivre à
une guerre nucléaire 'limitée'", ajoutent les mêmes.
(Source: "Le Figaro")
|
| ------------------------- |
| »Politique et stratégie |
 |
|
 |
COTE INDIEN
Au moment de l'indépendance, en 1947, il était vital, pour New
Delhi "que le Cachemire, le seul Etat à majorité musulmane,
soit rattaché à l'Inde", rapporte le "Financial
Times" cité par "Courrier International". Le
gouverment indien d'alors "considérait cet Etat comme un
moyen d'éprouver la capacité de son pays, avec sa pléthore de
langues et de religions, à demeurer un Etat séculier et démocratique".
Pour les actuels dirigeants, la perte du Cachemire risquerait
"d'enflammer les mouvements sécessionistes latents".
COTE PAKISTANAIS
Le Cachemire est "une des clefs de la cohésion
nationale", analyse le "Financial Times". Sans les
cols montagneux stratégiques de la région, "Islamabad
serait, dans cette région, directement exposé à l'Inde. Et sans
le Cachemire, les minorités ethniques du Pakistan continueraient
à se sentir dominés par les Pendjabis, qui représentent 60 % de
la population du pays".
|
|